Alex in Wonderland

Cinéma, musique, littérature, satyre, ironie cosmique, sushis, sens de la vie et surtout (auto) dérision !

30 octobre 2008

Barberine et les m@nuscrits

Fallait bien que j'évoque le sujet ici, (hey ho) let's go !

Pour faire bref et précis, m@nuscrits, c'est la nouvelle collection des éditions Léo Scheer.
Le principe est novateur et s'intéresse de près à l'apparition et au développement de l'Internet en tant que nouvelle forme d'expression. Autour du Blog des Editions Léo Scheer (que je vais finir par mettre dans mes "liens" un jour ou l'autre quand j'y penserai), s'est déjà constituée une véritable petite communauté littéraire, qui regroupe aussi bien des auteurs de de "simples" lecteurs passionnés, et qui se révèle être, au travers de l'expérience m@nuscrits, une nouvelle forme de de comité littéraire.
Concrètement, chaque personne ayant un tant soit peu d'ambitions écrivaillonnesques peut donc mettre en ligne son texte, qui se verra donc soumis au jugement des Internautes.
L'avantage est clair ; cela permet d'avoir un retour direct sur sa prose, de la part de personnes complètement extérieures à son petit monde, et qui auront un jugement éclairé sinon professionnel.
Plus que ça, cela peut aussi permettre à quelqu'un qui n'a aucun contact dans le milieu de l'édition de se faire remarquer et de voir son m@nuscrit devenir un vrai roman, présent en librairies.

Le premier roman de la collection m@nuscrits est sorti en librairies le 1er Octobre.
Curieuse, j'ai investi, n'ayant pas pris la peine de lire la version online au préalable.
J'aurais mieux fait de.
Géraldine Barbe s'est inscrite sur le site des éditions Léo Scheer sous le pseudonyme de Barberine, et a donc envoyé son manuscrit, "Rater Mieux", qui a visiblement tellement séduit le lectorat d'Internautes qu'il a pris une dimension plus réelle, concrète et palpable.
Ou pas.
En fait j'en sais foutrement rien de comment Barberine a réussi à tirer son épingle du jeu.
Après avoir achevé son petit roman, je suis d'autant plus perplexe.
Quoique je comprends l'aspect marketing.
Je m'embrouille.
J'explique.

Rater mieux, moi j'ai trouvé ça long bien que court, répétitif, et-j'écris-que-j'écris-que-j'écris-j'ai-dit-que-j'écrivais-que-j'écrivais-déjà-?, et pour être méchante et franche, la petite tourmente personnelle sauce "bou-hou je sais pas quoi faire de ma vie", moi ça commence à me fatiguer sérieusement.
Que tout le monde puisse passer par des phases de déprime cyclique sans cause, j'admets, je suis la première à tomber dedans, à pas comprendre pourquoi je me noircis moi même l'existence alors que, non, concrètement, il n'y a aucune raison.
Sauf que moi, oui parce qu'au final tout se ramène à moi, évidemment, quand je morfle, j'enrage.
Je n'ai jamais éprouvé aucune satisfaction dans le fait de me laisser aller, et je trouve ce genre de situation insupportable, intolérable. Je me pourris la vie violemment quand j'ai l'impression de ne pas être en accord avec moi même.
Me balancer la tête dans les murs me calme presque. J'ai le sang qui me monte aux tempes et qui tourbillonne dans ma cervelle.
Et nom de Dieu, c'est douloureux.
Je ne spleene pas comme le vent d'Automne fait tourbillonner les feuilles, je ne pleure pas avec générosité, je ne fais pas don de mon chagrin à la postérité, et, surtout, comme je n'ai plus quinze ans, j'ai arrêté de me raconter comme ça.
Je suis en train de me rendre compte que le sujet m'énerve davantage que je l'ai cru au départ.
Bref.
Rater mieux n'aurait jamais été publié si son auteur avait choisi le circuit normal de l'édition.
Elle aurait fait comme moi, elle aurait commencé à collectionner ses lettres de refus, à en faire une petite pile, et le sacro saint sens de sa vie aurait continué de lui échapper.
Même si parfois je sombre dans les mêmes travers, j'ai toujours tendance à conseiller aux gens qui cherchent le sens de leur vie de se vider une bouteille en s'en foutant plein le pif et d'aller se faire tirer un bon coup.
Arrête de chercher ; agis !

Bref. Me perds, encore.
Donc, je maintiens ; Rater Mieux n'aurait pas été publié autrement que grâce à m@nuscrits.
Et j'ai l'impression que c'est précisément pour ça qu'il s'agit du premier roman à sortir en librairies.
C'est touchant vite fait, quand on a de la sensibilité, j'imagine que ça fonctionne : la nana qui a tout perdu dans un incendie, qui cherche le sens de sa vie, et qui se rend compte qu'écrire (qu'elle écrit) serait une solution.
Je ne vais pas pousser la méchanceté jusqu'à retirer à Barberine ses qualités ; son texte n'est pas mauvais, elle a quelques tournures de phrase assez bien placées, et son personnage est suffisamment construit pour s'attirer un nombre de visiteurs conséquent sur un blog... Le problème, c'est que passer du blog au roman, ça ne se fait pas en un claquement de doigts.
A piori, Barberine n'avait pas de blog d'ailleurs, mais elle rentre tout de même pile poil dans la ligne éditoriale de m@nuscrits dans le sens où ce qu'elle écrit ressemble à un blog.
Ce n'est pas tant une fiction que la retranscription au jour le jour de ses états d'âme.
C'est en cela que m@nuscrits devient novateur : il n'y a pas de barrières à l'entrée, sinon celles que se fixent eux mêmes les intervenants, et une révolution au niveau de la forme d'écriture.

Je comprends le challenge que s'est fixé Léo Scheer, et il est de taille.
J'ai tendance à penser qu'il faille désormais composer avec le Net au niveau des nouvelles créations, mais alors, et même si cette idée me semble tout à fait détestable, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et créer carrément une nouvelle forme ?
Concrètement, j'ignore ce que ça pourrait donner.
La seule chose qui me gêne, c'est que l'utilisation du support papier traditionnel ne me semble pas un déboûché logique à la création sur le web.
Je dois être quelqu'un de très conservateur au fond.
J'apprécie de plus en plus le fait de lire un roman, avec pas forcément une intrigue mais au moins des personnages.
Pas un "je" qui se ramène à l'auteur, ou pas, ou si, ou bien.
L'auto fiction, moi, ça commence à m'emmerder.
Si c'est ça la nouvelle forme d'expression, des fois je me dis que ce serait presque aussi bien qu'ils la ferment tous.
A commencer par moi, sans doute, mais si moi je me tais, mon monde s'effondre, et alors là, je deviens dépressive, je deviens errante, je cherche le sens de ma vie, et je ne veux surtout pas devenir comme ça.
Je crois que je vais relire mes vieux Stephen King, au moins il se passait des trucs dedans.

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26 octobre 2008

A cause du changement d'heure...

... J'ai passé un week end dans les vapes, et un Dimanche à me gaver de sucres en re-regardant la quasi totalité de la filmographie de Quentin Tarantino.
A chaque apparition d'Uma Thurman, j'ai repris un carré de chocolat.
Je tiens à préciser que j'ai regardé Kill Bill ET Pulp Fiction. C'est dire !

J'ai terminé mon dernier manuscrit.
Onze jours, approximativement 100 pages.
C'est sûr, je dois avoir une machine à écrire dans le crâne.
Je trouve seulement dommage qu'elle ne soit pas reliée à un cerveau qui me permette de taper de beaux textes pertinents au lieu de choses mièvres et psychologisantes (ça y est j'ai reçu ma première lettre de refus personnalisée, j'ai donc commencé ma tapisserie où elles finiront toutes accrochées, et je me rends compte que je suis devenue tellement cynique et que je pratique tellement la dérision que je ne sais même pas si ces critiques me touchent ou non. On dira que non et on reprendra bien un carré de chocolat).

J'ai pas envie d'aller travailler demain, mais c'est pas nouveau.
J'ai froid, j'ai mis le chauffage au maximum mais j'ai froid.
Je ne suis pas Jackie Brown et c'est dommage.
Encore un de ces week ends oisifs et inutiles, et personne n'a frappé à ma porte pour me dire quel était le sens de ma vie.
De toute façon, je n'aurais certainement pas ouvert.
Je n'ouvre jamais quand je n'attends pas quelqu'un.

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25 octobre 2008

L'horreur a un nom et ce nom c'est Clémence Picot.

Un nouveau livre de Régis Jauffret (lentement) achevé, toujours dans le but d'y voir un peu plus clair dans le brouillard qui me semble entourer cet auteur, capable aussi bien du pire que du meilleur.
Avec Clémence Picot, je n'ai pas été déçue : les deux ne sont pas seulement compris dans le livre, ils apparaissent en plus de façon simultanée.


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Clémence Picot est aide soignante, la trentaine, vit seule dans l'appartement que lui ont légué ses parents après leur mort violente et innattendue dans un accident d'avion.
Elle se présente au début du roman, dévoile quelques moments d'une enfance sans amour, sans affection, seulement nourrie par une éducation des plus strictes, à la fois frustrante et réductrice et se posant comme une barrière au développement personnel d'un être humain.
Clémence, maintenant qu'elle est adulte, n'a qu'une raison de vivre : avoir des enfants.
Ses journées se passent toujours au même rythme, sa vie est morne, fade, insignifiante, mais elle n'a pas peur.
Pas un instant elle ne doute de faire un jour la connaissance de celui qui sera son mari et le père de ses enfants.
La vie sociale de Clémence est composée de deux personnes qui ont emménagé dans l'appartement situé juste sous le sien : Christine, qui a à peu près son âge, et son fils Etienne qu'elle élève seule suite à la mort de son mari.
Clémence et Christine dînent ensemble le dimanche soir et s'échangent les anecdotes d'une nouvelle semaine passée, triste et similaire à toutes les autres.
Clémence voit aussi son oncle, qu'elle a intégré à sa vie presque de force suite à la mort de ses parents, et décide de parfaire le tableau en adoptant Ric, un chien, celui qui sera le compagnon de ses nuits d'insomnie et grâce auquel elle se sentira en sécurité en déambulant la nuit sur les boulevards.


Le décor est planté, on distingue bien les personnages, et on est désormais prêt à entamer cette longue et oppressante descente en Enfer que nous propose ce livre.
L'oncle de Clémence meurt, sa nièce lui ayant plus ou moins prêté main forte, de même qu'elle l'a fait pour l'une de ses patientes, hospitalisée après une intervention chirurgicale au cerveau.
Tout est écrit mais tout semble irréel.
Clémence agit, drapée dans un brouillard qu'elle génère elle même autour de sa personne et autour de ses actes. Le lecteur s'y laisse enfermer, doucement, insidieusement, et ne se rend compte de la véritable horreur que lorsqu'il ne peut plus y échapper.
Renvoyée chez elle, Clémence se rend compte que Ric est mort, suite aux mauvais traitements qu'elle lui a infligés, et incluant notamment une absence de nourriture.
Il ne s'agit pas tant d'un électrochoc que d'une injection supplémentaire de morphine, à la fois pour elle et pour le lecteur.
Clémence atteint ses propres limites, et se dérobe à toute responsabilité en s'enfermant dans une spirale infernale où ses pensées se heurtent les unes aux autres, dans un tourbillon glauque et malsain.
Elle vole les clefs de Christine à la concierge, se rend dans l'appartement de sa voisine qu'elle saccage avant d'y rester plantée, à imaginer ce qu'il pourra bien se passer ensuite.


Tout cela n'aura pris qu'une cinquantaine de pages, et le reste du roman consiste en un enchevêtrement de scénarios plus malsains et hallucinés les uns que les autres.
Clémence Picot envisage tout ; l'abandon, l'inceste, l'homosexualité, le vice sous toutes ses formes, tout ce qui dérange profondément l'esprit humain lui passe par la tête.
Le lecteur est enfermé avec elle dans cet appartement dévasté, où l'air froid s'engouffre par les vitres qui ont été brisées.
Le lecteur frissonne, le lecteur est mal à l'aise, il supplie que cela cesse, ne supporte plus d'être prisonnier des extrapolations grotesques de ce cerveau malade, mais ne peut refermer le livre, pris au piège, hypnotisé, dans l'expectative de l'action, de la dénonciation et de l'emprisonnement légitimes de cette folle qui ne parvient même pas à être furieuse.
Jauffret joue avec ses nerfs en déroulant les pensées de Christine dans tous les sens.
L'écriture est complètement déstructurée, ce qui en ajoute à la confusion du lecteur.
Les chapitres sont désorganisés ; dans un seul, il arrive que l'on saute d'un scénario à un autre, tandis que quatre autres ne contiendront qu'une seule hypothèse.
Le lecteur finit par adhérer à l'extrapolation la plus longue, pensant que, peut être, sans s'en rendre compte, il est enfin sorti de la tête du personnage bourreau, mais il se voit alors renvoyé violemment à son point de départ en tournant la page.
La note la plus aiguë sur l'orgue des sensations se fait entendre lorsque la narration adopte le point de vue de Christine, puis celui d'Etienne au lieu de celui de Clémence. Mais encore une fois ce n'était que leurre, extrapolation, rien de vrai, ou peut être que si, ou peut être que non, on est perdu, comme Clémence Picot, et il nous semble que cela ne s'arrêtera jamais.


La fin surgit quand même, au détour d'un chapitre, et l'action tant attendue a lieu, ne tenant qu'en quelques pages pour contraster avec les centaines précédentes qui s'ancraient dans l'imaginaire.
Refermer Clémence Picot est un soulagement ; tout cela n'était rien qu'un roman, on peut désormais l'oublier, se réjouir d'avoir finalement une vie plutôt saine, et surtout de ne pas entretenir de relations même lointaines avec ses voisins.


Je pense avoir ressenti, en lisant ce livre, ce que certaines personnes ont ressenti en lisant American Psycho.
Beaucoup m'ont dit que la lecture avait été intolérable, et qu'ils n'avaient pas pu achever le roman compte tenu de ce personnage principal ravagé avec lequel ils refusaient de s'aventuer où que ce soit, ne serait-ce que pour un court chemin d'une centaine de pages.
Je n'ai pas ressenti la même chose mais j'ai compris que l'on puisse relativement mal vivre le fait de lire ce roman.
Je le comprends d'autant mieux maintenant que j'ai eu une réaction similaire.
Bien des fois, j'ai eu envie d'arrêter la torture, de refermer le livre sans en lire un mot de plus, voire même de le projeter au travers de ma pièce (ou du métro) et de ne plus jamais poser mes yeux sur la couverture.
La réaction est purement subjective, et je pense qu'elle est liée, en ce qui me concerne, à ce manque terrible d'action, et de réaction des autres personnages.
Clémence Picot est enfermée dans sa folie, dans sa maladie... Et on la laisse faire.
En dehors de ça, j'ai sans doute développé le syndrome de Stockholm vis à vis de Patrick Bateman.
Lui aussi était plongé dans le fantasme en tant qu'exutoire, mais il était acteur, et ses tourments avaient quelque chose de presque légitime, de compréhensible en tous cas.
Clémence Picot, je ne lui pardonne rien.
C'est une pauvre folle qui n'a aucune excuse.
Elle n'est pas autant plongée dans son imaginaire que l'était Bateman ; ses pensées sont élaborées, puis elle prend un malin plaisir à les déstructurer, à imaginer une chose puis son contraire, parfois les deux en même temps.
Lorsqu'elle est finalement confrontée à son propre reflet et à l'horreur de ses actes, elle prend peur.
Elle n'aura pas de scrupules parce qu'elle s'échappera à nouveau dans d'autres bribes de non réalité qu'elle aura créées elle même.


Clémence Picot est sans doute le livre le plus dérangeant que j'aie jamais lu.
Pour autant, je n'en suis pas reconnaissante à l'auteur comme je l'avais été vis à vis de Bret Easton Ellis.
Certes, la mission est réussie.
Je me suis soustraite complètement à moi même et à ma réalité pour me plonger dans le cerveau de Clémence Picot.
Le voyage fut long et éprouvant.
Toute la prouesse de Jauffret a justement consisté à faire de ce roman quelque chose de si glacial qu'il en devient presque réel, palpable.
Le résultat est fantastique, la forme sert le fond et les deux contribuent à la création d'un cauchemar hypnotique qui reviendra longtemps nous hanter.
Jauffet a finalement réussi à élaborer quelque chose qui m'a mise en face des limites de ma tolérance, je ne peux donc que le féliciter... Et me mettre au prozac !

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24 octobre 2008

Who killed Amanda Palmer Tour - La Boule Noire, 23/10/08

N'ayant encore jamais eu l'occasion d'assister à l'une des prestations scéniques pourtant si réputées des Dresden Dolls, je n'hésitai pas une seconde lorsque je vis qu'Amanda Palmer serait de passage sur Paris en ce froid et gris mois d'Octobre.
La tournée promettait d'être différente des précédentes, compte tenu de l'absence de Brian Viglione, le batteur du groupe et comparse de la belle, mais force est de constater qu'Amanda, en plus d'être talentueuse au possible, a également un don pour choisir son entourage !

18h approximativement, Amanda sort de la salle de concert devant laquelle attendent déjà les plus ponctuels.
Récemment renversée par une voiture, l'artiste déambule du mieux qu'elle peut à l'aide de deux béquilles.
Elle pose volontiers en photo avec ceux qui le lui demandent et semble à la fois très petite et très simple, et donc très étonnante pour quelqu'un comme moi, habituée aux shows hollywoodiens de Marilyn Manson et au cercle restreint de la Spiral de Nine Inch Nails.
19h, les portes s'ouvrent, la salle est petite, il n'y a pas 3 mètres entre la scène et le public, et pas non plus de vigiles pour jouer les Cerbère derrière les barrières de sécurité.
Deux membres du Danger Ensemble, les nouveaux comparses d'Amanda, sont figés de chaque côté des portes d'entrée, histoire d'en ajouter au maximum à l'étrange cabaret qui va bientôt commencer.
Quatre performers se produisent pendant la première partie ; avec plus ou moins de brio.
On remarque quand même un accordéoniste / guitariste à la voix tonitruante et au peps dément qui met le feu à la salle.
Zoé Keating, contrebassiste qui reviendra sur scène tout au long du jeu, achève de plonger le public dans une ambiance qui passe de la liesse générale à la mélancolie en une fraction de seconde.

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Le début du show met en scène la mort d'Amanda Palmer, qui renaît face à un public déjà conquis dès les premières notes d'Astronaut.
Elle enchaîne avec Ampersand et Blake says, et met à l'honneur son album solo tout en rejouant les titres phares des Dresden Dolls, comme Coin-Operated Boy, repris en choeur par la foule, Half Jack, Mrs O, entre autres.
C'est un fait ; Amanda Palmer était l'étincelle qui donnait vie aux Dresden Dolls.
Que le groupe se reforme ou non, il est certain qu'elle a trouvé une voie qui lui est propre et son style s'affirme de plus en plus.
La troupe australienne du Danger Ensemble, composée de 4 comédiens et artistes très talentueux, ajoute une dimension plus burlesque au spectacle, grâce à des mises en scènes qui viendront régulièrement agrémenter les morceaux de la belle.
Ici, sur Coin Operated Boy et Guitar Hero :

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Tout comme dans ses albums, Amanda alterne entre l'excentricité et la douceur, sa voix apparaît aussi bien comme le générateur de la liesse collective que comme un précieux cadeau qu'elle offre à un public qui n'ose pas même murmurer et qui se laisse envahir par l'émotion qui gagne un peu plus de terrain à chaque morceau.
Amanda ira même jusqu'à verser une larme elle même, en jouant seule au piano un morceau encore inconnu mais terriblement poignant et traitant avec une pertinence qui est désormais sa marque de fabrique des relations mère/fille.
Par empathie, je me suis surprise à verser moi même une larme en réprimant les frissons qui me parcouraient l'échine.
Amanda, tu as réussi ton coup.
Le Danger Ensemble revient à la fin d'un Half Jack auquel Zoé Keating apporte une intéressante contribution à la contrebasse.
L'émotion est forte, très forte, trop forte peut être, alors Amanda et sa bande surprennent une fois de plus le public dans un play back magistral de l'Umbrella de Rihanna.
Avec sa mini guitare rose pouffiasse, Amanda joue les pop stars avec une dérision poussée à l'extrême... Et les rires succèdent aux larmes.

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Miss Palmer a de la voix, et elle sait se faire entendre dans d'autres registres que le sien.
Lorsqu'elle chante Le Port d'Amsterdam, accompagnée de notre accordéoniste de la première partie, et d'une 1664 pour la forme, elle cloue le public sur place, et l'achève avec sa reprise de Creep de Radiohead au Yukulélé.

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On pouvait déjà s'en douter en écoutant ses albums, mais lorsqu'on la voit sur scène, on a la preuve qu'Amanda Palmer est une grande artiste et une personne humaine, humble, drôle et bourrée de talent.
Tout le mal que je lui souhaite est de revenir encore plus en forme la prochaine fois, et de remplir une salle aux dimensions proportionnelles à son talent.
En ce qui me concerne, je pense que le stade de France pourrait être approprié !


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18 octobre 2008

C'est la crise et je m'en tamponne

Ben voilà, tout est dit.
L'économie s'effondre et moi je m'en fous.
De toute façon, à chaque fois que je vais au magasin du coin acheter du PQ et du dentifrice, je m'en tire invariablement pour 30€ au bas mot ; alors s'il faut que je banque 35€ dans un futur proche, ça ne me fait pas plus d'effet que ça.
Passé un certain stade dans le foutage de gueule, on supporte très bien la surenchère.
La crise, c'est juste un argument supplémentaire auquel auront recours mes annonceurs pour tirer les prix vers le bas dans leurs négos.
En même temps, je pourrai ressortir la même chose à mon chef quand il me demandera pourquoi le CA de la pub est en baisse.
Je n'aurai jamais plus de quatre chiffres avant la virgule sur mon compte en banque, et encore, les bons mois.
Je ne compte pas acheter d'appartement ou vendre le mien ; la seule chose dans laquelle je voudrais vraiment investir c'est un range DVD et quelque chose, n'importe quoi, où caser mes bouquins parce que ça me fend le coeur de les laisser traîner sur le lino dégueulasse.
En même temps, étant donné que je n'ai plus de place dans mon clapier, je vais donc entreprendre de construire un meuble à partir de films de Takashi Miike et de livres de Terry Pratchett.
Ca m'occupera cinq minutes.
Par pur esprit de contradiction, je fous le camp, et je vais m'acheter des fringues, en attendant le marasme économique qui débouchera sûrement sur la fin du monde.

Parallèlement, si un monstre marin pouvait surgir hors de la seine et bouffer tout le monde, ça m'arrangerait bien aussi.

Posté par Cryptorchid à 11:22 - Politique [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 octobre 2008

Micromerdier

J'ai pour habitude de terminer un livre lorsque je le commence.
Comme toute règle, celle-ci a bien entendu des exceptions, et je pense notamment à Proust, qui écrit sûrement des chefs d'oeuvre d'un niveau intellectuel si haut pour mon humble personne que je peine à dépasser les 20 premières pages.
Avec Proust, je perds l'automatisme de la lecture.
Là où les mots s'imbriquent normalement les uns aux autres pour créer un monde imaginaire que je découvre en l'espace d'un roman, je ne vois plus chez Proust que des phrases distinctes, lisibles, mais qui ne représentent absolument rien.
En tournant une page j'ai déjà oublié ce qu'il s'était passé pendant celle d'avant et je me retrouve complètement perdue au milieu d'une forêt de mots hostiles.
Le même schéma se reproduit avec Lovecraft.
Même si je suis totalement d'accord avec le fait que la véritable horreur se doit d'être indicible et indescriptible car elle dépasse les limites de la compréhension humaine, ça me fait quand même drôlement chier de devoir prendre mon dico pour déchiffrer un mot sur quatre.
Quand je lis Lovecraft, je meurs pendant les descriptions et attend péniblement un dialogue qui viendrait rompre la monotonie étouffante.
Lorsque le dialogue arrive, généralement une discussion stérile entre deux paysans dont l'accent est scripturalement retranscris, je redemande de la description pour faire cesser le supplice.

J'ai découvert récemment un nouvel ouvrage que je n'arriverai sans doute jamais à terminer : Microfictions, de l'ami Régis Jauffret.
J'ai déjà parlé de cet auteur en évoquant son dernier roman en date, le très bon Lacrimosa, et voulant me faire une idée un peu plus précise du talent hypothétique de l'auteur, j'ai donc investi.


9782070355686


Microfictions, c'est tout d'abord un concept.
Il s'agit d'un très grand recueil de plus de mille pages de toutes petites nouvelles, qui ne dépassent jamais les deux pages dans mon édition Folio.
Les nouvelles commencent à la lettre A et s'achèvent à la lettre Z.
Chaque lettre de l'alphabet comporte à peu près 50 pages, soit en moyenne 25 nouvelles par lettre.
A première vue, le concept pourrait passer pour intéressant, mais compte tenu de l'ampleur de la chose, on peut aisément deviner l'écueil auquel va forcément se heurter l'auteur : la grande et terrible répétition.
Alors d'accord, Jauffret a voulu mettre en valeur le manque de cohérence du monde dans lequel nous vivons, blabla, le fait que les gens tournent grosso modo en rond, blabla, qu'ils manquent singulièrement de personnalité, blabla, mais Jauffret qui opte pour une voie disons Ellisienne, ça ne passe pas.
S'il a été brillant dans Lacrimosa, c'est parce que l'on ressentait, à chaque ligne, à quel point il avait mis de lui même dans son texte.
Microfictions me laisse froide comme le marbre ; j'en retire seulement l'impression que Jauffret a découvert un soir sous la douche une petite idée de concept, et qu'il a brodé là autour pour nous pondre un pavé sans intérêt aucun.

Si quelques nouvelles m'ont fait esquisser un sourire, aucune ne m'a laissée sur le cul.
(Ma vulgarité n'a d'égal que mon immense talent, faut pas se formaliser).
L'idée était bonne, d'accord, mais elle aurait pris tout son sens si le recueil avait cumulé toute une série de nouvelles brèves, pertinentes, accrocheuses, et qui auraient fait mouche à chaque fois.
La plupart du temps, on a seulement l'impression de lire un incipit qui nous frustre plus qu'autre chose parce qu'il n'y a pas de fin.
A la réflexion, il n'y a pas vraiment de début ni de milieu non plus.
Un livre conceptuel c'est bien, mais alors que le fond égale la forme, ou lui soie même supérieur.
Je me suis arrêtée à la lettre D, et ça ma fait l'effet d'une caricature de mauvais Djian ; et hop un pamphlet sur l'inceste, et hop un autre sur le sexe, et hop un autre sur les dépressifs... Mais le tout sans âme et sans conviction.

Masochiste dans l'âme, je n'en resterai pas là avec Jauffret, parce que j'ai découvert qu'il était capable du meilleur.
Malheureusement, il semble que le pire ne soit parfois pas très loin...

Posté par Cryptorchid à 19:06 - Livres [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 octobre 2008

Ta gueule, Beigbeder...

Titre un peu facile, je vous l'accorde, mais au moins aussi construit et pertinent que l'article paru sur le site de Libération, où cette esquisse d'écrivain se prend pour Patrick Bateman.
Petite piqûre de rappel : Patrick Bateman est le principal protagoniste d'American Psycho, livre phare de l'écrivain américain Bret Easton Ellis, et c'est l'acteur Christian Bale qui lui prête ses traits dans une adaptation cinématographique malheureusement fort décevante.

Ce qui fait la force de ce personnage, c'est son réalisme froid et troublant.
Patrick Bateman est un yuppie, un jeune cadre dynamique américain qui a parfaitement réussi sa vie professionnelle et pour qui le but ultime de l'existence est devenu l'intégration pure et parfaite à la société.
Cette intégration est exclusivement basée sur la prédominance de l'apparence et non pas par une quelconque force de personnalité ou autres inébranlables convictions.
Patrick Bateman étudie avec grand soin les vêtements de ses collègues, sachant qu'il choisira les siens pour qu'ils soient encore plus étudiés et encore mieux assortis.
Patrick Bateman sort dans les restaurants les plus huppés ; sélectionne avec mille précautions la police qui sera imprimée sur sa nouvelle carte de visite ; passe un temps infini dans sa salle de bains à étendre sur son visage tel masque, puis telle crème et soigne ensuite son irréprochable plastique en faisant de la musculation.
Creux, vide, sans émotion et sans âme, Patrick Bateman ne peut se définir que par ses fantasmes, sans quoi il serait une abstraction pure et simple. Des kilos de muscles et de chair parfaitement répartis sans aucune âme pour les animer.
Conséquence de son incapacité à se faire entendre dans le système où il est prisonnier, Patrick Bateman exulte dans le meurtre, la torture, le sang, le viol et la tripaille.
Il est tout ce qui se cache derrière le tableau d'Edward Munch ; Le Cri.
Figé derrière son apparence et le contrôle total qu'il exerce sur sa vie, il ne se libère que grâce à des pulsions primitives et ultra violentes qui abondent tant dans son imaginaire qu'il n'a d'autre choix que les incorporer à sa réalité pour qu'elle lui devienne enfin supportable.
Patrick Bateman est terrifiant parce qu'il nous représente terriblement bien.
Il n'est autre que ce que nous aspirons à devenir, en continuant d'apporter quotidiennement notre pierre à un édifice consumériste et purement matérialiste.

Et donc par là dessus, voilà l'autre con qui ramène sa fraise :

http://www.liberation.fr/economie/0101122364-on-devrait-canoniser-les-traders

Si 99 Francs comporte bien quelques vérités, Beigbeder ne m'en a pas moins énervée parce que c'est l'exemple type du mec qui ne crache dans la soupe que parce qu'il peut se permettre sa condescendance.
Dans ce roman, il critique ouvertement le monde de la publicité, dénonce la lente agonie de la créativité au profit du profit, mais le tout demeure bien plat et le serpent se mord la queue car aucune réelle conviction n'amime jamais son récit.
Non, Beigbeder n'en crève pas de sacrifier son âme pour remporter chaque mois un salaire à 4 chiffres, même s'il l'affirme mollement.
L'une des preuves les plus flagrantes est la campagne publicitaire pour les Galeries Lafayette d'il y a quelques mois, où on voyait l'auteur poser sur des affiches placardées un peu partout dans le métro.

Outre le fait qu'il manie la prose avec la fougue d'un publiciste mais sans le talent d'un écrivain, Beigbeder souffre d'une grande démesure de l'égo, qui l'a amené à se comparer ouvertement dans Nouvelles sous extasy à... Bret Easton Ellis, celui dont la brillante plume a donné naissance à Patrick Bateman.
"Bret Easton Ellis a fait entrer la cocaïne dans la littérature, moi je fais entrer l'extasy".
Parrallèle ridicule qui tombe à plat comme un galet fait plouf dans une mare.
Ellis n'est certainement pas le premier à avoir mentionné la cocaïne, ne s'en est jamais fait une marque de fabrique, et crée de personnages riches et pertinents au lieu de caricatures pathétiques.

A la décharge de Beigbeder, ce dernier n'a visiblement pas compris le message de l'écrivain américain.
Peut être s'est-il même contenté de voir un jour American Psycho à la télévision lors d'une rediffusion tardive sur M6 et n'a-t-il jamais lu l'ouvrage ; ce qui expliquerait le débit de conneries auquel il ouvre les vannes dans sa lettre.

Première chose : Patrick Bateman n'a jamais été porteur d'un quelconque message, n'a jamais dénoncé ouvertement quoi que ce soit.
C'est justement l'absence totale de convictions chez lui qui fait toute la froideur et la force de son personnage.
Patrick Bateman est, en lui même, une dénonciation du système.
Se servir de lui pour en faire d'un seul coup le porteur d'un message est un pléonasme, une condradiction qui va à l'encontre de sa propre nature et lui fait perdre toute crédibilité.

Deuxième chose : le style est à chier.
Oui je sais le mien n'est guère meilleur et je n'ai jamais été favorable aux critiques qui manquaient cruellement de pertinence et qui se limitaient à un "c'est nul", mais pour avoir lu chacun des ouvrages de Bret Easton Ellis puis tomber sur cet article, je n'ai même pas le courage d'écrire un quelconque argument pour justifier mon point de vue.
Si défenseurs de Beigbeder il existe, qu'ils aillent parcourir par eux mêmes les livres d'Ellis qui sont d'une autre trempe.

Troisième chose : le choix de la chanson.
Patrick Bateman est un fier mélomane. Il découpe bien volontiers une fille en écoutant Sussudio de Phil Collins, se lance dans des monologues sur la variété pop et argumente pendant des pages et des pages sur sa légitimité exactement comme il le fait concernant le choix des vêtements qu'il porte.
C'est à la mode, c'est ce qu'il faut écouter pour être tendance, et en aucun cas il ne s'agit de chansons potentiellement satyriques ou même simplement ironiques.
Ou alors je n'ai jamais compris l'ampleur de la poésie de Phil Collins.
Beigbeder nous réchauffe donc la dernière daube des radios du moment, ce genre de machins qu'on peut bien prendre à tous les degrés sachant que de toute façon on s'en fout du moment qu'on peut shaker du booty en boîte dessus après avoir bu quelques cocktails.
A la limite, pour donner dans le message, j'aurais préféré Smells like teen spirit, chanson sur laquelle des millions d'ados bourrés se déhanchent pendant les quarts d'heure rock sans rien comprendre à l'ironie de la situation.
Mais encore une fois, la question n'est pas là ; Patrick Bateman n'a pas d'hymne, Patrick Bateman n'a pas de message à délivrer, Patrick Bateman n'explique pas ses fantasmes, Patrick Bateman n'est pas un révolutionnaire, ni un héros glacial.

Patrick Bateman est une victime du système auquel il participe, et tout son désespoir réside dans le fait qu'il ne peut créer aucune issue grâce à laquelle il pourrait s'extirper de sa situation.
Si Beigbeder avait saisi ça, peut être aurait-il eu le bon goût de fermer sa grande gueule et de ne pas se faire le porte parole d'une cause à laquelle il n'a rien compris.
Peut être même que, frappé par sa propre hypocrisie, il aurait fini par s'allonger tranquillement sur les rames d'un métro et attendre paisiblement le jugement dernier.
Personnellement, ça m'aurait fait un bien fou.

Posté par Cryptorchid à 19:46 - Livres [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le Blues du dimanche soir

J'en veux à ceux qui m'ont fait croire qu'en faisant de longues études, je pourrais avoir un métier qui me plairait.

J'en veux à ceux qui n'ont jamais dénoncé les Ecoles Supérieures de Commerce comme étant une gigantesque imposture au sein de laquelle des étudiants achètent un diplôme pour seulement apprendre à devenir formatés et à effectuer de basses besognes répétitives.

J'en veux à ceux qui persistent à voir dans les étudiants en Ecole de Commerce les Bill Gates de demain ; sans apport personnel, on n'a rien du tout et il n'y a rien d'autre à ajouter.

J'en veux à ma mère de m'avoir forcée à grandir trop vite et à prendre des responsabilités qu'elle même n'était pas capable d'assumer. C'est en partie ce qui m'a poussée à faire taire les lamentations de mon âme pour donner la part belle à la froideur de ma raison.

J'en veux à ma déprime de ne pas être centrée sur une cause plus légitime ; c'est sûr que si j'étais née au siècle dernier, je ne rechignerais pas à avoir un travail normal, un mode de vie normal et j'aurais sans doutes des aspirations un peu plus normales qui ne m'enfonceraient pas le nez dans ma merde.

J'en veux aux livres, qui sont mes pires ennemis en plus d'être mes meilleurs amis, pour m'avoir fait croire que le monde était meilleur. Pour la même raison, j'en veux aussi à certains films et à certaines chansons.

J'en veux à la pression sociale, qui nous pousse à avoir un boulot convenable, une situation familiale convenable et qui nous lobotomise chaque jour un peu plus pour que notre seul but dans la vie devienne finalement la procréation, histoire qu'on reproduise ce même schéma dégueulasse pour des siècles et des siècles.

Je m'en veux à moi pour avoir eu un jour l'illusion que j'arriverais à faire quelque chose qui soit un peu au dessus de tout ça.

Sinon, le concert de Patrice au Zénith samedi soir était très bien.

Posté par Cryptorchid à 18:44 - Self centered [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 octobre 2008

Tropic Thunder

Après ce chef d'oeuvre incontournable qu'est Zoolander, Ben Stiller se lance à nouveau dans la réalisation, et c'est de sa collaboration avec Justin Theroux (Mulholland Drive, Inland Empire), que naît ce qui est selon moi le meilleur film dans lequel il ait jamais joué : Tropic Thunder.


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Le film commence avec trois bandes annonces qui mettent en scène ceux qui vont devenir les principaux protagonistes.
On a d'emblée un aperçu des clichés qu'incarneront donc respectivement Ben Stiller - acteur sur le déclin de productions riches en effet spéciaux mais dont la pauvreté scénaristique a finalement pris le pas -, Jack Black - pseudo comique à l'humour aussi gras que ses bourrelets - et Robert Downey Jr - surjoueur de première et particulièrement dans des rôles quelque peu tendancieux.
Histoire de se soumettre à un recyclage en bonne et due forme, les trois has been vont se retrouver au sein d'une super production efflanqués de deux autres lascars qui correspondent également parfaitement aux stéréotypes cinématographiques actuellement de rigueur : le black rappeur et le jeune intello effacé et inexistant.
Pour pallier les caprices des étoiles déchues, le réalisateur décide de sauver ce qu'il reste de son film retraçant une épopée caricaturale de l'Amérique larmoyante sur la guerre du Viêt-Nam et prend sur lui de jeter la quintette aux loups en laissant les acteurs livrés à eux mêmes dans la jungle et en créant un stratagème riche en effet spéciaux censé révéler leurs vraies émotions, et donc aboutir à quelque chose de cinématographiquement acceptable.
C'est là que tout se corse et que la réalité s'emmêle à la fiction.
Une bande de traficants d'héroïne qui a installé son QG dans ces terres prend les acteurs pour des membres d'une brigade de stupéfiants et va leur mener la vie dure.
Nos héros, quant à eux, vont opter pour l'attitude qui leur semblera la plus naturelle et la plus logique : suivre le script, coûte que coûte.


Tropic Thunder
n'est donc pas un pastiche de films de guerre tels que La Ligne Rouge, Il faut sauver le soldat Ryan, j'en passe et des meilleures, mais bien davantage un film qui joue avec les clichés, se moque ouvertement du cinéma américain et choisit justement des acteurs emblématiques et liés aux personnages qu'ils interprètent dans leurs carrières respectives.
On a alors l'occasion de découvrir Tom Cruise dans ce qui est probablement son meilleur rôle au cinéma, enlaidi, jouant de son apparence pour s'adonner à la vulgarité et à l'attitude machiste et semblant parfaitement épanoui alors qu'il se dédouane complètement de son image habituelle de minet.
Pour ce qui est de nos losers, ils sont suffisamment vaches entre eux pour qu'on perçoive sous leur cynisme et leurs singeries l'amertume et la déception de ceux qui ne réussiront jamais.
Loin d'être pitoyables ou pathétiques, on ressent chez eux leur fragilité dissimulée derrière leur drôlerie, et c'est sur ce point, en plus de la tyrannie des apparences, que Tropic Thunder rejoint Zoolander au niveau de la thématique.


Ajoutons à cela un comique de situation habituel chez Ben Stiller, qui ne fait certes toujours pas dans le subtil mais qui gagne encore en efficacité, des répliques cultes quelques fois liées à la présence des guest stars (le dialogue entre Downey Jr et Ben Stiller à propos de Rain Man, Forrest Gump et Sam, je suis Sam, qui prend toute son ampleur avec la présence de Tom Hanks et de Sean Penn lors de la remise de l'oscar final à Ben Stiller) et on obtient un cocktail plein d'énergie, hilarant, et où la dérision est employée suffisamment finement pour que le spectateur ne pense pas une seconde qu'on le prend pour un con.
La BO a aussi la part belle, avec encore une fois des scènes d'antologie mises en valeur par des morceaux qui prennent tout leur sens, comme "Sympathy for the Devil" des Rolling Stones.
On s'éloigne de Wham! et de Frankie goes to Hollywood, deux ingrédients nécessaires au cocktail Zoolander, mais ce mélange ci est encore plus explosif.
Une belle réussite, et, pour ma part, une avant première qui se soldera sans doute par d'autres visualisations avant l'acquisition du DVD !

Posté par Cryptorchid à 01:28 - Ciné [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Who killed Amanda Palmer ?

Les fans des Dresden Dolls l'attendaient depuis quelque temps déjà, et il a désormais une place d'honneur dans les bacs ; c'est le premier album en solitaire de celle qui semble vouée rester à jamais un élément majeur du groupe qu'elle a formé avec Brian Viglione : Amanda Palmer.


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Pour ceux qui n'aimaient pas les Dolls, inutile de se pencher trop sur le disque ; Amanda Palmer est indissociable de son groupe, et si la force de conviction qu'elle semble toujours avoir placé dans ses textes et dans son interprétation est toujours là... C'est simplement qu'elle est restée la même.


Who killed Amanda Palmer ? fait bien sûr référence à Twin Peaks, pièce maîtresse de David Lynch où la même question se pose de manière incessante à propos d'une autre Palmer prénommée Laura.
Le clin d'oeil se justifie amplement par les thèmes qu'a toujours évoqués Amanda Palmer dans ses chansons et par l'attitude qu'elle semble prêcher en permanence.
Le mélange de romantisme et de douce folie du personnage provient probablement du fait qu'elle a sû préserver une pureté immaculée qui contraste férocement avec des atrocités qui hantent ses textes sinon ses pensées, comme l'inceste, qui revient ici d'une manière délicieusement décalée dans la chanson "Oasis".


Amanda Palmer s'impose comme une battante, et elle doit probablement cela à la musique, qui lui permet de sublimer ses émotions. Beaucoup de chansons abordent ici l'omniprésence de cet art dans sa vie et insufflent à l'album une énergie à couper le souffle.
Alors que les Dresden Dolls étaient fondés sur le duo piano (Amanda Palmer) / batterie (Brian Viglione), on a droit dans cet album solo à une montée en puissance instrumentale, notamment sur "Leeds United", qui ajoute un aspect très cabaret. Amanda la diva reprend le micro sur "What's the use of wond'rin ?" où on peut mesurer les capacités de la belle dans les aigus.
On a aussi une transition brillamment effectuée par le morceau "Strength to music", qui sépare les deux actes autour desquels s'articule l'album.
Enfin, Amanda Palmer c'est aussi une bonne dose d'amertume et de mélancolie, de fragilité dissimulée derrière une folle bravache, et on retrouve cet aspect dans des morceaux comme "Have to drive", "Blake says", ou encore "The point of it all".


Who killed Amanda Palmer ? est un équilibre parfaitement atteint entre l'audace et la fragilité, et dénote un point de vue artistique, personnel et très éclairé sur le côté sombre de l'humanité.
On a là l'oeuvre de quelqu'un qui a réussi à sublimer ses failles et faire de sa sensibilité une force motrice dans son impulsion créative.
Cet album solo est une pierre de plus à l'édifice que l'artiste a érigé et dont le fondement désormais inébranlable est les Dresden Dolls.
Ce n'est ni autre chose ni la même chose ; c'est un supplément délectable qu'on ne se lasse pas d'écouter !

Posté par Cryptorchid à 00:59 - Musique [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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