Alex in Wonderland

Cinéma, musique, littérature, satyre, ironie cosmique, sushis, sens de la vie et surtout (auto) dérision !

18 novembre 2008

Match Point

Après avoir beaucoup ri devant Annie Hall, je découvre une facette plus dramatique de Woody Allen avec Match Point, et cette fois je suis convaincue : les premières impressions ne sont pas toujours les meilleures, et Woody... J'aime.


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Topo rapide sur la trame : Chris, joueur de tennis issu d'un milieu modeste et malheureusement pas assez talentueux pour vivre de sa passion, donne des cours dans un club londonien pour le moins huppé.
C'est ainsi qu'il rencontre Tom, jeune homme richissime, qui lui présente sa soeur Chloé et Nola, sa petite amie, une actrice wannabe d'origine américaine.
Alors que Chris et Chloé entament une idylle, qui présente le principal avantage de permettre à Chris de bénéficier d'un niveau de vie extrêmement confortable, le jeune homme n'en est pas moins subjugué par Nola.


On pourrait penser que l'on va alors assister à l'un de ces dilemmes bien connus : faut-il choisir la passion ou la raison, la raison étant incarnée ici par la sécurité financière et la position sociale, mais non, et ce qui fait la force de Match Point c'est justement cette neutralité implacable qui ne permet à aucun moment au spectateur de blâmer ou de prendre le parti de quiconque.
Les avantages de la bourgeoisie londonienne sont évidents ; ils sont donnés gagnants du match qui va se dérouler au sein du quatuor de par leur position sociale. Pour autant, en aucun cas ils n'apparaissent comme des personnes affables, condamnables ou critiquables.
Heureux choix.
Les méchants bourgeois face aux plus modestes mais oh combien plus passionnés, ça commence à être redondant.
Difficile également de prendre parti pour Nola, même si elle n'a contre elle que sa malchance et sa passion.
Enfin, Chris, le vecteur du match, se caractérise essentiellement par son pragmatisme, bien davantage en tous cas que par les sentiments qu'il pourrait éprouver pour l'une des deux protagonistes.
Il déclare bien volontiers être avec Chloé pour tirer profit de son statut social ; n'est guère emballé par la frénésie procréative de sa fiancée.
Parallèlement, son désir physique pour Nola est évident, ardent, mais il ne fait pas non plus preuve d'un grand intérêt pour elle.
Lors de leur premier rendez vous, elle lui parle de sa soeur, de son enfance, et il choisit de rebondir sur la beauté de la jeune femme plutôt que sur ses éventuels traumatismes.


L'absence d'apathie du spectateur face à l'intrigue lui confère sans doute la position de la balle dans le match qui se déroule sous ses yeux.
Balancé d'un côté comme de l'autre, il se tient en permanence sur le filet, sans savoir où il finira par tomber.
Lorsque, prisonnier de la situation qu'il a créée, Chris en arrive à préméditer le meurtre de Nola, dégommant au passage une voisine innocente pour servir son plan, on sait déjà que la confrontation ultime n'aura pas lieu.
Il n'y aura pas de dernier face à face, de dernières explications entre Chris et Nola, aucune possibilité de s'en sortir pour la jeune femme et aucune chance de rédemption pour le jeune homme.
L'enjeu de ce match n'aura simplement pas été l'amour, mais les privilèges.
Alors que le double meurtre devrait susciter un effroi du spectateur et un rejet du personnage principal, il n'en est rien, la neutralité persiste, ainsi que la compréhension du personnage de Chris, qui va jusqu'à légitimer le meurtre de son enfant porté par Nola en citant Sophocle, affirmant que ne pas naître serait finalement la meilleure des aubaines.
On retrouve ici l'importance de l'aspect social à l'origine du pragmatisme de Chris, sans toutefois qu'on ne s'y attarde.
Aucune véritable explication, tout est laissé aux bons soins de l'interprétation du spectateur qui ne peut que faire des déductions logiques et allant dans le sens de l'intrigue.


Parfait maniement du "show but not tell", un Londres superbement dramatique sur des airs d'opéra, des acteurs brillants, dont notamment une Scarlett Johansson plus belle que jamais, et surtout un positionnement réussi et maintenu tout au long de l'intrigue malgré un pari très risqué.
Belle réussite !

Posté par Cryptorchid à 12:20 - Ciné - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu vois c'est marrant, mais ça m'a rappelé dans une moindre mesure Closer, entre adultes consentants que tu m'avais prêté... Cette impression très amère sur les chassés-croisés de relations amoureuses qui ne semblent destinées qu'à l'échec et la tristesse... (d'ailleurs les deux se passent à Londres si mes souvenirs du premier sont exacts!). C'est surprenant pour du Woody Allen qui a toujours eu un côté assez prime-sautier, parfois cynique, mais jamais effroyable comme ça. Ceci dit, je ne connais pas bien toute sa filmographie.

Bon sinon la scène de sexe sous la pluie, très chouette, mais totalement irréaliste dans la vraie vie! Franchement t'as vu comme c'est dur de retirer prestement un jean trempé et plus encore, de le remettre? Faut pas déconner quand même :D

Posté par Dahlia, 18 novembre 2008 à 13:56

Ouiii carrément !
J'ai eu exactement la même réaction, je me suis superposée à la scène et je me suis dit "Ah mais là non, pas possible, déjà tu gigotes désespérément pendant une bonne demi heure à essayer d'enlever ton jeans, fatalement tu en viens à te rouler par terre donc tu es couverte de boue... Et Rhys Meyers se retrouve comme par magie re-projeté dans Velvet Goldmine et ADIEU LE BEAU GOSSE !!".

Par contre Scarlett J. est magnifique, c'en est déprimant.

Intéressant le parallèle avec Closer, j'y avais pas pensé sur le coup, mais c'est vrai qu'il y a des thèmes qui se recoupent !
(Et Nathalie Portman est magnifique, c'en est déprimant. Ca commence à bien faire !)

Posté par Alex, 18 novembre 2008 à 16:19

Annie Hall t'avait fait rire !?! (consternation générale à moi tout seul). Moi ça m'a fait super triste. Comment c'est possible.
Les filles n'ont pas de coeur.
Et moi je suis complètement idiot.

Balle de match, pas vu, donc motus.

Posté par knight, 18 novembre 2008 à 20:12

Non mais je suis complètement insensible, ça c'est clair.
Enfin quand même il y a des passages très drôles dans Annie Hall !
J'suis perdue pour l'humanité...

Posté par Alex, 18 novembre 2008 à 20:48

Cotton candy !

mais oui bien sûr tu as raison, il y a des trucs hilarants plein plein.
mais au final, ça me fait triste.
Et woody et les robots c'est pas complètement dépressif non plus, moi ça porte carrément sur les nerfs à en devenir débile.

Quant à ta soit disant insensibilité... tu peux toujours le dire Alex, ça n'engage à rien.

Posté par knight, 18 novembre 2008 à 21:09

Tais toi malheureux, des gens finiront par croire que je suis humaine si ça continue !
Il ne faut surtout pas que ça se sache (et tant que les choses n'engagent à rien, autant pas se priver !)

Posté par Alex, 18 novembre 2008 à 22:28

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