Alex in Wonderland

Cinéma, musique, littérature, satyre, ironie cosmique, sushis, sens de la vie et surtout (auto) dérision !

23 novembre 2008

La Part des Ténèbres

Encore une adaptation bidon d'un livre de Stephen King : La Part des Ténèbres, gentiment massacrée par Romero (et non, je n'aime pas Romero, allez y, jetez les cailloux).
Gentiment parce que c'était quand même pas si mauvais que quand ça vient de Mick Garris ; avec un peu d'abnégation j'ai quand même réussi à ne pas m'endormir, et quand je pense à la Tempête du Siècle où je n'ai jamais dépassé les vingt premières minutes, je me dis que c'est plutôt pas mal.
Au lieu d'écrire un pamphlet sur un film qui ne le mérite pas, je vais plutôt me focaliser sur la trame, et, à partir de là, revenir sur le traitement de l'écrivain dans diverses oeuvres de Stephen King.
Un jour j'écrirai une thèse sur lui. Et puis j'arrêterai de manger du chocolat aussi, mais oui.

J'ai lu dans je ne sais plus quelle auto-biographie que l'ami Stephen avait, comme beaucoup d'écrivains, été longtemps accompagné dans ses démarches artistiques par la bibine et les drogues.
Un petit mécanisme de transfert par là dessus, et on a une explication relativement convaincante du fait que la plupart de ses personnages écrivains soient tous, à leur manière, prisonniers, comme lui pouvait l'être de ses dépendances.
L'exemple le plus frappant est sans doute le Jack Torrance de Shining, écrivain raté qui cherche son inspiration dans le bourbon et dont King reconnaît lui même la source de son inspiration.
Les exemples abondent : Paul Sheldon, l'écrivain de Misery, séquestré par la terrible Annie Wilkes, est doublement prisonnier ; il est non seulement sous l'emprise de l'infirmière, mais également des drogues qu'elle lui administre.
Le poète Jim Gardner des Tommyknockers se réfugir également dans l'alcool et dans les drogues, d'abord pour échapper à sa vie, puis à l'affreuse réalité qui se constitue autour de lui.
Dans Fenêtre Secrète, Morton Rainey est un écrivain qui ne peut venir à bout de ses troubles qu'en se dédoublant... En libérant son lui profond... Et en sombrant dans la schizophrénie.
Quant à Bill Denbrough, l'écrivain de Ca, c'est sous l'emprise de la dévoreuse des mondes, et par là même de son enfance qu'il entre dans son processus de création.
Dans La Part des Ténèbres, tout comme dans Fenêtre Secrète, l'écrivain est traité d'une manière bien plus complexe ; on y voit une approche schizophrène qui met en scène le pseudonyme dans le premier cas, et l'accusation de plagiat dans le second.

9tnbu5o4  Richard_Bachman

Stephen King                                     Richard Bachman                                                                                    


Le recours à la schizophrénie et au dédoublement de personnalité est d'autant plus intéressant chez King que lui même a publié certains de ses romans sous le pseudonyme de Richard Bachman.
Avec Rage, le premier roman de Bachman, qui tient plus du drame que de l'épouvante, King a donc créé son double, auquel il a donné un visage et une biographie (une femme, Claudia Inez Bachman, un enfant mort lors d'une noyade, et une résidence dans le New Hampshire)... A l'instar de Thad Beaumont qui donne naissance à George Stark dans La Part des Ténèbres.
Toutefois, si la démarche de Beaumont est compréhensible, dans le sens où il fait appel à Stark pour écrire des histoires d'un tout autre genre que le sien, celle de King est plus mystérieuse.
Ecrivain bénéficiant déjà d'une bonne renommée, on peut se demander quel besoin il a bien pu éprouver d'avoir recours à un double totalement inconnu du grand public, pour s'exprimer dans un registre qui présente pourtant bien des smilitudes avec le sien.
La supercherie sera en tous cas découverte par un étudiant, et les ventes de Bachman furent décuplées avec la révélation de sa véritable identité.
Farceur, Stephen King poussera sa démarche jusqu'à ses limites en publiant Les Régulateurs, oeuvre jumelle de Désolation (même entité démoniaque, même personnages mais dans des rôles inversés...), sous le pseudonyme de Bachman... Et à titre posthume.
(En quatrième de couverture, une note de Claudia Inez Bachman, épouse de feu l'auteur, qui aura découvert le manuscrit après son décès).
La présence de Stephen King dans La Tour Sombre se double également de celle de Bachman, qui apparaît par l'intermédiaire de sa femme, citée en tant qu'auteur d'une oeuvre cruciale pour les vies des principaux protagonistes.
Quant à Blaze, roman sorti cette année en traduction française et signé Richard Bachman... Cela s'apparente plus à du "fonds de tiroir" qu'à une véritable stratégie.

Stephen King, porte parole de l'horreur le plus reconnu actuellement, présente donc l'écrivain comme un personnage hanté, tourmenté, face à son vide intérieur qui l'assaille parfois avec tant de force qu'il ne parvient plus à être ce à quoi il aspire : la clef de voûte d'un univers qui le dépasse et qui a peut être trop tendance à vouloir vivre par lui même et échapper à la patte de son créateur.
La pression exercée sur l'écrivain dans les oeuvres de Stephen King s'apparente à la pression divine ; avec l'apparition de rites (la cigarette que fume Paul Sheldon à la fin de chacun de ses ouvrages) et de fanatiques (Annie Wilkes dans Misery).
Finalement, de la part de quelqu'un qui a créé une véritable cosmogonie, c'est assez compréhensible.
Pour autant, malgré les univers riches auxquels il a donné naissance dans La Tour Sombre, Ca, ou encore Le Fléau, il est intéressant de constater que bien davantage des oeuvres de King sont centrées sur ses démons intérieurs, ceux là même qui étaient les plus susceptibles de l'empêcher de mener à bien ses travaux.
L'écrivain est bel et bien un Dieu, mais un Dieu fondamentalement humain.

Posté par Cryptorchid à 15:23 - Livres - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Argl tu m'as piqué mon sujet, garce! Je voulais justement parler de Misery pour mon prochain "la figure de l'écrivain vue par le cinéma" :D Mais je m'incline, je considère qu'en fan absolue de Stephen King, tu avais plus de légitimité à en parler et tu le fais très bien ;)

Vais me rabattre sur L'Antre de la folie de John Carpenter tiens :)

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=11541.html

Posté par Dahlia, 23 novembre 2008 à 21:17

Maintenant on a développé de la télépathie ! :D

L'Antre de la Folie est le meilleur Carpenter que j'ai vu, ce film est vraiment génial, je pense que tu vas aimer.

Posté par Alex, 24 novembre 2008 à 18:33

Dieu est malade et n'existe qu'à moitié

Comment peut-on appréhender la structure du cosmos sinon en tant que résultat d'une longue maladie de Dieu, d'un Dieu freak, tel l'écrivain que vous venez d'evoquer.

Posté par Manuel Montero, 25 novembre 2008 à 15:16

Terry Pratchett (un génie devant l'éternel) avait une théorie très intéressante quant à la création de l'univers dans son livre "Eric", issu des "Annales du Disque Monde", et parodiant délicieusement "Faust".
L'un des principaux protagonistes du Disque Monde, un mage particulièrement couard et fainéant dénommé Rincevent, rencontrait donc Dieu, et ce dernier lui proposait de réaliser l'un de ses voeux.
Affamé, Rincevent finit donc par demander à Dieu de lui faire apparaître un sandwich oeuf / cresson.
Quelque temps plus tard, sur une plage (en gros la représentation de l'univers à ce moment là), Rincevent, excédé, balança la moitié du sandwich.
A partir des bactéries qui se déversèrent dans l'océan, le monde fut créé.
Plus le temps passe, plus j'en arrive à la conclusion que c'est probablement exactement ce qu'il s'est passé !

Posté par Alex, 25 novembre 2008 à 17:30

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