Alex in Wonderland

Cinéma, musique, littérature, satyre, ironie cosmique, sushis, sens de la vie et surtout (auto) dérision !

07 juin 2009

Sauvez Pedro de l'enfer de la drogue ; achetez mon livre !

Mes chers tous,

Eclairée par les précieux enseignements de Trent Reznor, je me lance, à mon tour, dans une grande campagne de marketing viral, pour réapprendre au monde entier les notions de communautarisme, de solidarité et de générosité.

Meet Pedro, jeune rock star argentine, au sommet de sa gloire il y a encore peu de temps :


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He's too sexy for his shirt...

Suite à différents abus en tous genres mauvais traitements subis à cause des addictions pathologiques de l'implacabilité du capitalisme, Pedro se retrouve pauvre, démuni, fort dépourvu maintenant que la brise est revenue, et pour acheter toujours plus de bibine relancer sa carrière et rien moins que rester en vie, il aurait grand besoin d'un max de thunes d'une greffe du foie aussitôt que possible.

Don't let him fall apart :

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Seen better times, heh..



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What has he become, my sweetest friend ?

Pour sauver Pedro de l'enfer des favelas, VOUS pouvez faire un geste !
Il vous suffit en effet d'investir la modique somme de 10€ dans mon premier roman, à paraître le 10 juin aux Editions Léo Scheer, mais qu'on peut déjà aller l'acheter dès maintenant à la Fnac.
Et puis aussi par exemple.
Et en règle générale, dans toutes les bonnes librairies et aussi les Virgin.
Pour tous ceux qui n'auraient pas compris, ce qui serait compréhensible parce que la genèse de la chose est compliquée, ça s'appelle Unplugged, et l'auteur, c'est moi, c'est-à-dire Alexandra Varrin.
Et donc, sur un montant total de 10€ dépensés, ce qui n'est pas cher payé pour vous divertir, bande de moules, sachez que 0,000009 centimes iront tout droit dans la poche de Pedro pour que nous puissions soigner sa cirrhose et lui faire greffer un foie tout neuf au plus vite !
So, don't hesitate any longer !

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Pour les plus généreux, n'hésitez pas à cliquer sur le "contactez l'auteur" en haut à droite de votre écran.
Pour 40€ en plus du prix d'achat, Pedro et moi nous engageons personnellement à vous signer votre exemplaire.


MAY THE FUN BE WITH YOU !!


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...
And, well... Try to enjoy !


Edit : Vidéo de promo "traditionnelle", avec un duo Myself / Pedro, ce dernier étant alors au sommet de sa gloire. Help him strike back !


28 mai 2009

Les aventures de Thursday Next

Comme j'ai pas vraiment l'occasion de prendre du recul, par rapport à tout un tas de choses, je me dis que c'est peut-être une bonne idée de reprendre du service.
Comme dirait Jeordie White : "Wherever you go, there you are !".
So here I am. Again.
En ce moment, j'essaie de maximiser mon quota de divertissement / détente, ce qui influence grandement ma consommation culturelle, quasi inexistante au demeurant.
Mes amis m'attachant solidement avec une corde et me tirant régulièrement par les cheveux pour me forcer à aller à la piscine, faut dire que ça me limite considérablement le temps. Je leur jette donc une poignée de sable au passage, et je garde le gros rocher pour moi : j'arrive pas tellement, ces temps-ci, à me plonger dans n'importe quel univers, je manque de réceptivité et d'enthousiasme.
En dépit de tout ça, je suis quand même contente de parcourir, même lentement, un nouveau volume des aventures de Thursday Next.


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J'ai découvert un peu par hasard les livres de Jasper Fforde.
Quand je me retrouve dans une librairie, en n'ayant absolument aucune idée de ce qui me plairait d'acheter, j'ai souvent l'impulsion d'aller traîner du côté de la collection 10/18. Les images de couverture m'attirent l'oeil, et pour peu que le résumé ait l'air un peu décalé - ce qui est fréquemment le cas - je trouve assez rapidement quelque chose à me mettre sous la dent.
J'ai donc commencé à m'intéresser à cet auteur en lisant malencontreusement le 3ème volume d'une série, intitulé "Le Puits des Histoires Perdues".
D'emblée, j'ai trouvé l'univers particulièrement original et intéressant.
Le style est propre à l'auteur et donc difficile à catégoriser, c'est sans doute la chose qui me plaît le plus d'ailleurs. Pour débroussailler quand même un peu le terrain, disons que ça tient du thriller littéraire sur un fond de joyeuse fantasy.
Le personnage principal, Thursday Next, est détective au sein des Opérations Spéciales littéraires, division qui englobe un peu tout et n'importe quoi, de la chasse aux faux jusqu'aux enquêtes grammaticales. Le monde dans lequel elle évolue est pour le moins loufoque, truffé de références littéraires diverses et variées (de Shakespeare à Stephen King) et dépeint dans un style qui n'est pas sans rappeler certaines des prouesses de Lewis Carroll.
Après avoir commencé dans le mauvais sens mais été conquise par l'originalité de la chose, j'ai donc lu le premier tome et suis restée sur ma position. A présent que j'attaque le deuxième, je ressens comme le besoin de passer le mot.
Si cette présentation succincte vous interpelle donc, voici les titres des livres articulés autour de Thursday Next, dans l'ordre dans lequel il est préférable de les lire - ceci étant, rien ne vous empêche de commencer n'importe comment, les choses sont faites pour que le lecteur, tel le chat du Cheshire, retombe toujours sur ses pattes :


1. L'Affaire Jane Eyre
2. Délivrez-moi !
3. Le Puits des Histoires Perdues
4. Sauvez Hamlet !
5. Le Début de la Fin


On aura connu mieux, comme présentation, mais je pense que je développerai davantage une fois que j'aurai fini les 5 volumes ; l'évolution des personnages récurrents et la diversité des intrigues seront des points majeurs à analyser ; pour cela, il me manque malheureusement un peu de matière.
En attendant, si vous avez l'occasion... Ca vaut vraiment le détour.

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19 mai 2009

Adore

Je vais te parler, et tu vas m'écouter.
Qui n'a jamais rêvé de prononcer cette phrase, en une incantation pour dépasser les actes manqués, pour rendre enfin palpables les fantômes qui planent au dessus de nos têtes, que cela implique qu'on les réintègre dans nos vies ou que l'on s'en débarrasse à jamais ?
Je vais te parler, et tu vas m'écouter.
Ca peut sembler simple, très simple, presque anodin, mais est-ce vraiment possible de dire ce qu'on ressent, lorsque, l'âme déchirée, nous nous faisons violence pour ne pas plier sous le poids de la douleur ? Et aussi, si l'on parle, sera-t-on écouté ? Le jugement déjà donné, le bourreau écoute-t-il la complainte d'une victime ?
Verlaine, solidement attaché dans son appartement, suffoquant dans la chaleur écrasante d'un mois de juillet, n'aura pas d'autre choix possible.

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Anabel, la victime, décide de ne plus l'être.
De son passé avant Verlaine, on ne connaît finalement pas grand chose, mais on peut deviner, aisément, que ce n'est pas la première fois qu'on lui fait porter le costume de l'amante finalement délaissée. Au schéma qui, potentiellement se répète, s'entremêle la violence de ses sentiments pour celui qui, incongrue impulsion, en arrive à se séparer d'elle sans se soucier d'explications.
Cette fois, ça ne se terminera pas comme ça.
Pas seulement dans ses larmes à elle, il faudra aussi que les siennes, à lui, coulent.
La victime se fait bourreau et la situation s'inverse.
Même privé de parole, la présence de Verlaine est tout aussi palpable que celle d'Anabel dans ce roman huis-clos.
Elle parle, elle soliloque, mais ses pensées à lui, rapidement, font écho au son de la voix de la jeune femme.
Chacun de leur côté, ils se souviennent de leur histoire, des étapes qui l'ont cimentée, pour en revenir au point de départ, à la rencontre fatidique.


Au fil des pages, on est témoin d'une histoire faite de passion, de sentiments violents, mais aussi d'empathie, de fine compréhension, de clairvoyance, surtout, de la part d'Anabel, qui a su sonder l'âme de Verlaine, et qui s'en est trouvée liée à lui de manière indéfectible.
Lui, qu'on pourrait penser calculateur et cruel, se révèle prisonnier de sa tourmente, et c'est avant tout lui - puis elle par extension - qu'il prive de bonheur.
Alors que le compte à rebours le ramène au début de leur histoire, c'est aussi dans la sienne que va plonger Verlaine.

C'est difficile, de narrer la passion dévastatrice et de rendre, en même temps, ses personnages touchants. Dahlia, dont Adore est le premier roman, maintient un parfait équilibre qui évite tous les écueils du genre et emmène le lecteur avec elle, sachant qu'il se reconnaîtra sûrement dans l'un ou l'autre des personnages.
C'est un début pour le moins prometteur qui nous interpelle et nous donne envie, déjà, de découvrir ses prochains romans.

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28 avril 2009

Maniac

Ca commence et on se dit que ce type, ça pourrait très bien être nous.


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Phrases brèves, descriptives, retranscriptions de pensées, de points de vue, nous plongent dès le premier chapitre dans le quotidien d'un narrateur que nous avons au moins croisé à défaut d'avoir séjourné entre ses deux tempes.
Agé de 27 ans, archétypique d'une middle-class qui vivotte péniblement entre deux crédits, célibataire, sans enfants, profession sécurisante à défaut d'être épanouissante, peu voire pas de vie sociale, essentiellement par choix, connexion internet pour s'ouvrir sur le monde, notamment celui du porno, une crêpe au sucre le midi, des courses chez Ed, et, le soir, entre les quatre murs d'un deux-pièces miteux, des coquillettes et du salami.


Vous vous dites sûrement que ça semble bien vain, comme existence, qu'en réalité, les choses ont plus de substance, sont plus passionnantes, que le ciel n'est pas éternellement gris, qu'on peut rêver, qu'on doit rêver, et puis se donner les moyens de réaliser nos rêves.
Le narrateur a une longueur d'avance sur vous, car il sait très bien, lui, qu'il n'y a pas de rêves, qu'il n'y a pas d'espoirs, qu'il n'y a pas de solution et qu'il n'y a pas d'amour non plus.
Le seul verbe que l'on conjugue vraiment, au fil de notre existence, ce n'est pas vivre, c'est devoir, parce que vivre, ce n'est rien d'autre que devoir s'adapter, sans autre choix possible.
Le fil des pensées ininterrompu du narrateur fait appel à nos émotions, nous fait parfois sourire, ou froncer les sourcils, va jusqu'à nous émouvoir, alors qu'il est plongé au plus profond de l'abîme, et, toujours, il nous questionne, nous pousse à nous interroger, à nous positionner, nous-mêmes, dans cette réalité, miroir de la nôtre.
Nous pourrions être lui, d'ailleurs si nous n'avions pas cette petite chose, à laquelle nous tenons et à laquelle nous nous raccrochons lorsque tout semble s'effondrer autour de nous, nous serions probablement lui, alors que faut-il en penser ?
Les pages se tournent, très vite, parce que Maniac est un livre dont on ne s'échappe pas, pas plus qu'on ne saute du train en marche, surtout lorsque celui-ci accélère.
Les pages se tournent, et nous nous rappelons que nous avons souri et que nous avons pensé, sincèrement, qu'il aurait pu s'agir de nous, alors nous cessons de sourire, gagnés par l'empathie, étouffant comme le narrateur étouffe, prisonnier de la société et prisonnier de lui même.


Nous doutons.
Nous n'aurions pas pu être lui.
Pas là où nous en sommes.
Au début, oui, peut être, mais il est clair, à présent, qu'il ne s'agit pas simplement d'un asocial peut être un peu trop lucide, qui exulte dans des fantasmes où le sexe et la violence s'entremêlent.
Ce type est un dingue, un psychopathe.
Il pense à des choses auxquelles nous, nous ne penserions pas, jamais.
Jamais ?
Et si nous nous retrouvions, nous mêmes, à sa place ?
Et s'il se produisait quelque chose, brusquement, dans nos vies, une petite chose qui agisse sur notre inconscient comme la goutte d'eau par laquelle le vase déborde, et si on pétait les plombs, nous aussi, si on se mettait à partir en vrille, est-ce que nous n'aurions pas, nous mêmes, le même genre de pensées, le même genre de délires, le même genre d'angoisses ?
Est-ce que nous ne nous emprisonnerions pas, nous aussi, de la même façon ?


Nous avons peur, nous préférerions fermer les yeux, penser à autre chose, mais nous n'avons plus le choix parce que nous sommes également prisonniers, à présent, prisonniers du récit, et la route entamée, nous allons la finir.
Nous voudrions fermer les yeux, à l'instar du narrateur, dont la lucidité originelle provoque sa cécité psychologique.
Il voit clair, très clair, dans les relations humaines, dans les buts de l'existence, tracés à notre place, dans tout ce qui l'entoure et qui nous entoure aussi, et il y voit tellement clair qu'il s'y brûle les yeux et qu'il s'en retourne condamné, entouré par une obscurité dans laquelle il passera la fin de ses jours.
Au fond du gouffre, confronté à son impuissance, ce sont précisément des aveugles qui l'assailliront, avant qu'il ne décide de garder, littéralement, les yeux grands ouverts, en s'attachant les paupières pour ne plus pouvoir les fermer.
Englué dans la frustration, spectateur impuissant face à sa propre chute, il n'en finit pas de tomber, de se juxtaposer dans divers personnages et situations variées, qui, toutes, semblent vouées à l'échec.
C'est qu'il n'y a pas de but à atteindre qui soit plus valable qu'un autre, pas un seul contexte qui puisse être propice à l'épanouissement, pas de mode d'emploi, pas de modèle, pas non plus de solution.
Tourner en rond, c'est la seule chose à faire.
Tourner en rond, c'est ce que l'on doit faire pour s'adapter.
Tourner en rond, c'est ce que ça signifie, vivre.

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17 avril 2009

La Route

Faut quand même avoir un talent certain pour tenir son lecteur en haleine pendant des centaines de pages alors qu'on raconte une histoire dans laquelle il ne se passe absolument rien.

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Cormac McCarthy est indéniablement fasciné par l'univers de Silent Hill, et ce n'est certainement pas moi qui lui jetterai la première poignée de cendres au visage.
La Route traverse un monde post apocalyptique, où tout est uniformément gris, où les cendres virevoltent au dessus des paysages arides et désolés, où le soleil n'existe plus, et où les quelques survivants, rabougris, décharnés, aux intentions incertaines, prennent des allures de Lurkers.

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Sur la route, cheminent un père et son fils, survivants, derniers témoins d'un monde qui n'existe plus que dans les rêves, des rêves dont la nostalgie couleurs émotions laisse le coeur encore un peu plus aride au réveil.
Les bribes souvenirs du père ne nous apprendront pas grand chose.
Il y a eu une femme, autrefois, la maman de l'enfant, et elle a choisi de mourir.
Après il n'y a plus eu qu'eux deux, le père et l'enfant, et le feu qu'ils portent, avec ou en eux.

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Les villes qu'ils traversent sont pillées, en cendres, peuplées de cadavres et même pas de souvenirs.
Autour d'eux tout est mort, et les fantômes du passé n'ont pas survécu non plus.
Nul ne sait plus quand, au juste, la fin du monde a eu lieu, mais il s'est passé suffisamment de temps pour que les méchants l'emportent sur les gentils, pour que l'humain devienne une proie dans la redéfinition de la chasse, pour que les bourreaux et les victimes soient interchangeables, parce qu'il n'y a plus de lois, plus de codes, plus de règles, plus de normes, et plus d'émotions non plus. Il n'y a plus que la route, qui survivra aux hommes.

Les descriptions sont épurées au possible, dans La Route, et l'effet produit est inversement proportionnel au nombre de mots employés. Les dialogues, rares, n'en sont pas vraiment, mais ils sont imprégnés, quand même, de cet amour qui unit un père et son fils et qui a survécu à tout. Imprégnés du feu, de la seule chose qui brûle encore et qu'on ne puisse éteindre.

Il ne s'agit pas de livrer un message, ni de donner des leçons.
Il ne s'agit pas non plus de recréer, de faire naître l'espoir, quand bien même le roman s'achève sur une note qui, dans une certaine mesure, peut sembler positive.
Il s'agit de montrer, tout simplement, sans rien ajouter de plus, sans un seul indice qui puisse permettre au lecteur de cerner les personnages, ou simplement de se positionner dans un cadre moral qui n'a plus lieu d'être.
Il s'agit de montrer la dernière lueur d'humanité dans un univers qui n'existe déjà plus.

Difficile, voire impossible, de ne pas se laisser hypnotiser par le récit de McCarthy, de s'y laisser aller, en immersion totale, pour ne se rendre compte qu'après coup qu'il n'y avait rien à en attendre, à en déduire, à en ajouter.
C'est seulement qu'il faut se laisser imprégner de ce récit, à la fois réaliste et philosophique, où les personnages sont perpétuellement en fuite, de la vie comme de la mort.

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07 avril 2009

Rouge à lèvres sur le plongeoir d'une piscine municipale

Nadar Suarès réorganise votre vie.
Il pourrait être vous.


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Surveillant de piscine le jour et Régulateur new age les autres jours, Nadar Suarès s'occupe de décharger certains parents malheureux du lourd fardeau que représente potentiellement leur progéniture.
Pas de scandale, pas d'effusions, pas d'esclandre. Nadar Suarès est un professionnel, et s'acquitte de sa tâche comme n'importe quel autre professionnel le ferait.
L'eau, élément omniprésent dans le livre, sert autant de lieu de vie dans la piscine municipale que de linceul pour les enfants dont s'occupe Nadar.
Lorsque Charlie, son fils d'une dizaine d'années, est retrouvé mort noyé, Nadar ne croit pas vraiment à la coïncidence.
Ses suspicions se portent sur Soha, sa femme, ex-mannequin devenue femme au foyer, aux yeux de qui Charlie pouvait apparaître comme une potentielle cause de déclin, une raison à la renonciation.
Soha, sous ses airs résignés et apathique, nourrissait-elle secrètement une rancoeur inextinguible à l'égard de l'enfant ?
Ses larmes, incessantes, depuis la mort du petit, son refuge dans les anti dépresseurs... Nadar y voit là des symptômes du remords, alors il commence à mener l'enquête.


Thriller à la narration déstructurée, Rouge à lèvres... fait intervenir Charlie, l'enfant mort, qui, depuis les cieux, observe ceux qui vivent, ceux qui pleurent, ceux qui cherchent, tous ces personnages que le lecteur rencontre, au fil des pages, tous ces personnages qui, semble-t-il, ont tous une raison, un motif, sont tous susceptibles d'avoir commis l'irréparable.
Nunca Velasquez, la maîtresse de Nadar, nageuse émérite, aux habitudes auto-destructrices, semble reconnaître en son amant celui qui a assassiné son petit frère, des années plus tôt.
Sa présence, à l'enterrement de Charlie, est pour le moins suspecte. N'aurait-elle pas agi par vengeance ?
Adrien Labsman, patron de Nadar et ex-agent de Soha aurait-il pu aider cette dernière à se débarrasser de l'enfant ?
Seul face à ses interrogations, Nadar cessera, à tort ou à raison, de se comporter en professionnel.


Un roman court, qui se lit d'une traite, rapidement, et qui nous entraîne dans un univers qui pourrait être noir, glauque, malsain, mais qui, contre toute attente, se contente de suivre son cours, calmement.
Sous la surface plane de l'eau, rien n'est limpide, mais tout semble dépersonnifié, lointain.
Le thriller est bien ficelé, la chute est inattendue, mais c'est surtout l'atmosphère du livre qui interpelle, la création d'un univers potentiel, qui semble proche du nôtre à bien des égards, et qui doit en réalité se situer sur une parallèle pas très lointaine ; une nuance de monde, aux couleurs pastels et où les sons sont étouffés.
Comme quoi, la littérature contemporaine nous réserve encore quelques bonnes surprises.


Bref, lisez-le, c'est bien.

12 mars 2009

Corpus Simsi

Globalement, je suis très peu au fait de la littérature française contemporaine.
D'une part parce que j'ai de telles lacunes au niveau des moins modernes que seule mon existence ne me suffira pas pour les combler, d'autre part parce que je ne ne me fie à quasiment aucun support de référence concernant mes lectures.
Le bouche à oreille me semble souvent plus significatif que les critiques et, la plupart du temps, je fonctionne à l'impulsion.
Couverture accrocheuse, titre accrocheur, c'est parti, on essaie.
Gamine, je faisais exactement la même chose avec les disques, et si ça m'a valu quelques déconvenues, j'ai aussi eu de très bonnes surprises.
C'est donc sur le tard que je découvre Chloé Delaume.


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Si arriver après la bataille présente parfois quelques avantages, notamment celui de se dédouaner complètement d'un parti pris pour un camp plutôt qu'un autre, j'aurais quand même mieux fait de me réveiller à l'heure concernant Corpus Simsi, étant donné que le livre en lui même est la pièce finale à un édifice décliné sur de multiples supports : le papier, l'Internet, et aussi la scène.
Pour autant, l'objet isolé, découvert indépendamment du projet global n'en perd pas son intérêt.
Les grandes lignes sont aussi simples qu'innovantes et débordantes de créativité : Chloé Delaume, personnage de fiction à part entière, élit domicile dans le monde virtuel des Sims.


A un niveau purement formel, Corpus Simsi a bien des similitudes avec un manuel de jeu ; un guide, qui sert de point de départ à une quête qui ne se réduit pas à un simple territoire virtuel mais qui permet d'appréhender la virtualité dans son ensemble.
La structure est simple, d'une logique imparable, en partant de la création du personnage virtuel pour s'achever sur sa mort.


"Encore une fausse bonne idée... On s'en fout des Sims, c'est un jeu de merde et c'est has been !"

Un point pour toi, empêcheur de tourner en rond.
Je plaide coupable pour le mauvais timing, je l'ai déjà dit.
Quant à la nullité absolue de ce jeu vidéo, je ne reviendrai pas dessus, j'ai déjà dû descendre en flammes ces douteux amas de pixels plutôt deux fois qu'une dans d'antérieurs billets.
J'aime pas les Sims, moi non plus.
J'ai même jamais compris l'intérêt de passer des plombes à s'abrutir derrière un jeu qui calque la réalité ; si y a pas de catharsis (à comprendre par là des litres d'hémoglobine et des cris de terreur), les jeux vidéos m'emmerdent.
Tout ça pour te dire que c'était a priori pas gagné non plus pour que j'accroche au concept du livre... Et pourtant...


Tout l'intérêt de l'ouvrage consiste justement en une analyse critique de la condition humaine par le questionnement de l'authenticité et la redéfinition de ce doux concept dans la fiction.
Je ne sais plus, à force, si je vois juste ou si ma vision est déformée par mes préoccupations du moment, parce qu'en lisant ce livre, j'ai eu l'impression de me retrouver au coeur de la problématique "vrai" vs "réel" que j'ai esquissée dans mon billet précédent.
Dans son apologie du Sims, Chloé Delaume pousse plus loin le processus de fictionnalisation du réel qui constitue a priori l'un de ses thèmes de prédilection.
Pour les grincheux anti-Sims comme moi, le fait est que ce jeu est bâti sur un terrain particulièrement propice à ce genre de réflexions, dans la mesure où la marge de manoeuvre du joueur est certes limitée mais offre une possibilité scénaristique bien plus vaste que... Au hasard... Les couloirs du grand hôtel de Silent Hill Homecoming où vous n'avez guère qu'une alternative : la survie ou la mort (Oui, oui, adrénaline, hypertension, même on ventile, d'accord, oui, c'est mieux, non mais moi aussi je trouve, tu prêches une convaincue là, arrête, mais c'est juste que c'est pas le propos. Chut. Silent Hill on écrira 18 pages dessus quand on l'aura fini. Dans 8 ans, donc.)
En dehors de ça, la Sims Chloé Delaume n'est pas jouée ; c'est un personnage à part entière, entrée dans la machine et libre de faire ce que bon lui semble, dans la seule limite des possibilités offertes par Will Wright.


L'ouvrage, très coloré, est parsemé de captures d'écran et autres illustrations du jeu, qui mettent fréquemment en scène de multiples références, notamment à l'univers des contes de fées à la Alice au pays des merveilles, Peter Pan, Blanche Neige, etc.
C'est que Chloé Delaume n'est pas seule.
Conscients que la virtualité de l'univers des Sims leur permet d'élargir le champ de leurs possibles, les personnages de fiction s'y échappent pour mieux reprendre vie, riches d'une nouvelle substance, dédouanés de toute humaine prison, libres d'être une fin en eux mêmes, au sein d'un monde où le temps s'étire à l'infini, où n'existent ni les tourments, ni les névroses, ni les limites physiques, ni même l'ennui.
Le meilleur des mondes, sans risque d'addiction au soma.


Il faut probablement être pas mal wasted soi même pour parvenir à dresser un portrait aussi critique de la condition humaine que celui qu'établit implicitement Chloé Delaume, dans son ouvrage résolument moderne et pertinent.
Quelques pistes biographiques y sont esquissées, dans une optique de quête identitaire, de réinvention du moi dans et par la fiction, ce qui confère à l'auteur une liberté totale d'expérimentation et de ton, ce qui passe par une déstructuration aussi intéressante que rythmée des codes habituels de narration.


Bref, le côté littérature expérimentale est on ne peut plus attractif, et le fond, lucide et pertinent, en est d'autant plus mis en valeur. A moi les suivants !

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22 février 2009

Nous disparaissons - Scott Heim

Le romancier américain Scott Heim est surtout connu pour son premier roman, Mysterious Skin, adapté au cinéma par le réalisateur Gregg Araki. Treize ans après la publication de son premier ouvrage, l’auteur revient, avec Nous disparaissons, à ses thèmes de prédilection : l’enfance, les souvenirs qui lui sont liés, et l’autodestruction, comme processus paradoxal de constitution de sa personnalité.


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Pour en savoir plus, ça se passe sur Discordance !

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16 janvier 2009

AL

Faire de l'alcool une entité omniprésente à la source de la déformation ou de l'exacerbation des sensations, voir en l'ivresse en rituel de passage vers différents univers qui s'entremêlent et s'enchaînent au sein d'une existence, et en faire la clef de voûte d'un récit, voilà qui me semblait singulier pour ne pas dire prometteur, surtout compte tenu d'un passif entièrement assumé d'adepte de la bouteille.


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Dans AL, Agnès Clerc décrit une vie vue au travers du prisme de l'ivresse, et articulée autour de trois parties principales.
La première se veut initiatique, et c'est l'amitié de deux jeunes filles qui y occupe une place centrale, amitié qui se verra agrémentée de multiples rencontres hétéroclites, dues quelque part, à la consommation d'alcool.
La seconde partie met en valeur le personnage de Méliador, devenu le compagnon de la narratrice, avec lequel les relations n'atteignent jamais vraiment de point d'équilibre.
Dans la troisième partie, l'amitié est de nouveau évoquée, à travers la relation de la narratrice avec un chercheur américain plus âgé qu'elle.


Dans une certaine mesure, AL parvient effectivement à faire une retranscription efficace de l'état d'ivresse, mais cela serait se limiter à la douce dérive, hypnotique, psychédélique, dans laquelle les premiers verres entraînent les consommateurs.
Tout le récit est narré de la même manière. Les passages d'un état à un autre, d'un univers au suivant, ont une linéarité déconcertante qui, finalement, endort le lecteur.
A la décharge de l'auteur, il est vrai que l'alcool comporte quelque vertu soporifique.
Le livre manque de rythme, de substance, et d'énergie, qui, elle seule, pourrait insuffler un tant soit peu d'empathie au lecteur et l'impliquer davantage dans sa lecture.
L'alcool n'y trouve sa place que dans la plus inoffensive de ses formes, et n'importe quel acharné du goulot, ce qui semble pourtant être le cas de la principale protagoniste, s'offusquera d'emblée en vous racontant ses propres expériences aux confins de la violence et de l'auto destruction.
L'alcool, c'est la désinhibition, c'est l'hilarité, c'est l'exacerbation des pulsions, violentes ou sexuelles, l'alcool, ça a un arrière goût de danger, et c'est précisément cela qui nous fait y revenir.


Si la structure narrative du livre a sa propre logique interne, il aurait peut être été intéressant que l'auteur en profite justement pour explorer les différentes facettes de l'ivresse, avec un changement de ton qui aurait découlé des alternances émotionnelles.
Dans AL et son univers onirique, les personnages sont excessivement poétiques, jusque dans l'adultère, jusque dans la trahison, même quand ils dégueulent, ils semblent romantiques.


Bilan mitigé donc, une bonne idée de base, mais qui ne tient pas la route sur la longueur et qui endort le lecteur plus qu'il ne l'entraîne dans le roman.
C'est dommage, moi j'avais tendance à penser que l'alcool pouvait conférer aux choses une certaine intensité, ce dont le livre manque cruellement.

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Extrêmement fort et incroyablement près

Aujourd'hui je suis sympa, je vous présente mon ami Oskar Schell.

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C'est par ici que ça se passe !

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