Alex in Wonderland

Cinéma, musique, littérature, satyre, ironie cosmique, sushis, sens de la vie et surtout (auto) dérision !

22 septembre 2009

Au delà du mal

L’expression By reason of insanity est utilisée, aux Etats-Unis, dans le cadre juridique et tend à plaider l’irresponsabilité d’une personne qui commet un ou plusieurs crimes en étant en proie à la folie.

 

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Brutalisée et violentée depuis sa plus tendre enfance, Sara Bishop a quelques traumatismes dans le cerveau qui se retrouvent exacerbés lorsqu’un homme s’introduit dans le véhicule de son petit-ami et qu’il la viole après avoir enfermé ledit petit-ami dans le coffre.
Obnubilée par la possibilité de tomber enceinte du violeur, Sara passe sa propre mésaventure sous silence. Lorsqu’elle accouche d’un petit garçon prénommé Thomas, neuf mois plus tard, elle n’a toutefois aucun doute quant à l’identité du père.
Le violeur.
La quintessence de l’homme dans tout ce qu’il a de plus vil et de plus répugnant.
Alors que le jeune Thomas passe une enfance sous l’huile bouillante et les coups de fouets, un dénommé Caryl Chessman – le traqueur à la torche rouge – s’est fait arrêté pour viol et kidnapping et défraye la chronique en rédigeant pas moins de 4 ouvrages où il narre son combat pour tenter d’échapper à la peine de mort.
Au début, Sara Bishop n’en est pas tout à fait sûre mais, bien vite, elle en est convaincue. C’est Chessman qui l’a violée et c’est aussi Chessman le père de son enfant.
 

En dépit de sa popularité croissante, Caryl Chessman est exécuté.
Sara Bishop crache son effroyable vérité au visage de son mari, qui prend la poudre d’escampette.
A l’âge de dix ans, Thomas Bishop assassine sa mère et est interné dans un hôpital psychiatrique.
Pendant quinze ans, il prépare sa vengeance, affûte son intelligence – l’arme la plus puissante qu’il aie en sa possession – et après une évasion spectaculaire, il entame sa quête en tant que chasseur de démons : les femmes, qu’il aura à coeur d'exterminer, coûte que coûte.


Changeant d’identité comme de chemise, Bishop n’est pas identifiable.
Son apparence angélique est un atout qui lui permettra de séduire ses victimes, sexuellement attirées par leur agresseur, mais également touchées par sa vision candide du monde.
Ayant passé ses dix premières années sous les coups de fouets de maman et les quinze suivantes dans un hôpital psychiatrique, Bishop a pour principales références les séries télévisées et autres films policiers de l’époque, qui font figure de source intarissable de stratagèmes.

Stevens soigne tant et si bien la psychologie de son protagoniste qu’en dépit de la terreur qu’il nous inspire, il est impossible de ne pas développer une fascination teintée d’empathie à son égard, ce qui achève de faire de lui le personnage le plus abouti qu’il m’ait été donné de découvrir dans la littérature policière.
Mais si Thomas Bishop a la part belle, les personnages secondaires ne sont pas en reste et apportent, chacun à leur manière, une nouvelle nuance dans la large palette dont se compose l’intrigue.
Citons, à titre d’exemple, Adam Kenton, journaliste aux talents d’investigateur hors pair, ou encore le binôme Spanner (lieutenant de police) / Finch (criminologue), aux intuitions invérifiables et rageantes de véracité.

Avec un personnage comme le sénateur Stoner, Stevens se permet une dénonciation des conflits d’intérêt politiques et de la manipulation des médias à des fins électorales.
Cet engagement social se retrouve aussi à travers le personnage – ayant réellement existé – de Caryl Chessman, archétypique des dérives médiatiques et de la propension très américaine à créer un phénomène, quitte à exacerber la paranoïa nationale pour une augmentation du tirage.


C’est seulement trente ans après sa sortie aux Etats-Unis en 1979 que By Reason of Insanity est traduit en français pour devenir Au-delà du mal.
De l’auteur, on ne sait pas grand-chose, voire rien.
Les Editions Sonatine nous informent d’emblée que son nom est un probable pseudonyme, et qu’après avoir écrit six romans, entre 1966 et 1985, il aurait définitivement disparu de la scène littéraire.

En bonne exaspérée par les prétentions extraordinaires des jeunes publiés français, qui se voient déjà insuffler un renouveau à la littérature contemporaine dès la sortie de leur premier opus, cette frappante humilité n’a pas manqué de m’intriguer.
Les chaleureuses recommandations de Stephen King, au dos de l’édition française, ont bien entendu également retenu toute mon attention.

Stephen King dont le premier roman, Marche ou Crève – qui critique à sa manière les dérives de la médiatisation excessive, a été achevé en 1967 avant d’être publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman.
Rapidement démasqué par un étudiant, King n’a laissé la plume à Bachman qu’à de rares occasions (
Rage, Marche ou Crève, Chantier, Running Man, La Peau sur les os, et Les Régulateurs puis Blaze à titre « posthume »), qui furent autant de possibilités pour lui de s’éloigner un peu du registre du fantastique pour expérimenter le thriller et/ou l’engagement politique, nettement moins présent voire totalement absent des ouvrages signés Stephen King.
Que Richard Bachman et Shane Stevens aient quelques points communs dans leurs existences respectives et simultanées ne prouve certes pas grand chose, mais cela a suffi à réveiller l’Adam Kenton qui sommeille en moi.
Dans
Dead City, Shane Stevens met en scène un personnage particulièrement diabolique et cruel dénommé Alexis Machine.
Dans
La Part des Ténèbres, que Stephen King, magnanime, a dédié à Richard Bachman, il est question d’un écrivain, Thad Beaumont, qui publie en parallèle à ses propres productions des thrillers horrifiques qu’il signe sous le pseudonyme de George Stark.
Le protagoniste récurrent dans tous les romans de George Stark s’appelle Alexis Machine.
 

Clin d’œil d’un romancier à un autre, qui l’aura certainement influencé dans sa carrière ?
Doppelgänger potentiel du Maître de l’Horreur, dont la marque de fabrique est précisément de faire coïncider entre eux chacun des univers qu’il crée ?


 

Stephen King répondrait probablement que « La vie est sœur du hasard », mais je suis prête à parier qu’il ne manquerait pas d’arborer un sourire un tantinet sarcastique pour ponctuer sa citation…

 

 

 

 

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25 août 2009

Who the fuck is Karl Mengel ?

En dépit de quelques ridicules tentatives visant à intituler quelques fausses pistes, nul ne le sait vraiment.
Et ce ne sont pas les fragments dicibles des Séditions qui nous aideront à y voir plus clair.


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Les Séditions ne s'encombrent pas de convenances, de présentations formelles, d'une structure narrative classique ni même s'un décor avec lequel on pourrait se familiariser.
Vous êtes dans la nuit, noire, à espérer vaguement que vos yeux finiront par s'habituer à l'obscurité et, qu'à terme, vous y verrez quelque chose.
Et puis un éclair, vif, qui zèbre le ciel et qui vous éblouit.
Vous avez tout juste le temps d'entre-apercevoir le lieu dans lequel vous vous trouvez que, déjà, vous replongez dans l'obscurité.
Vous n'avez pas le temps de vous interroger, de vous demander si vous avez bien vu ce que vous croyez avoir vu, car un autre éclair vous aveugle et c'est un nouveau décor qui s'esquisse sous vos yeux, qui s'ouvrent de plus en plus grand à mesure que vous tournez les pages.


Le personnage que vous pensez suivre est une sorte d'espion, d'agent, de mercenaire, au service des uns, mais des autres aussi. Son but et ses motivations n'importent pas tant que le fait qu'il agisse, radicalement, constamment, qu'il se propulse dans l'action pour ne se laisser, ni à lui ni aux autres, aucune piste de réflexion. Ou alors beaucoup trop.
On a tendance à penser, et souvent à raison, qu'il est périlleux de maintenir un juste équilibre entre le trop et le pas assez.
Karl Mengel ne s'en embarrasse pas et les englobe tous les deux, avec une audace ingénieuse, dans ses Séditions.


Le personnage aux multiples identités voyage à travers le monde, imperturbable, mène à bien ses missions, se laisse parfois hanter par quelques souvenirs et/ou convictions récurrentes mais ne nous laisse jamais le temps de nous faire une idée bien précise de qui il peut être et ce à quoi il peut bien aspirer.
Il est un masque, dissimulé sous un masque, dissimulé sous un autre masque, avec une limite en plus l'infini en abscisses et en ordonnées et un sourire narquois et magnanime au croisement des deux axes.
Lorsqu'on en vient à le penser irritant de perfection, autant dans sa maîtrise de l'écriture que dans son cynisme complaisant, il nous surprend aussitôt en nous dévoilant une nouvelle facette, peut-être un peu plus enfouie, sûrement beaucoup plus touchante et achève de neutraliser nos velléités de décryptage en nous rappelant bien qu'il est avant tout lucide, sur lui même et aussi sur nous, qui le lisons, parce qu'il a parfaitement anticipé notre cheminement intellectuel dans la chronologie de ses fragments.


Il y a du Sean Bateman chez Aloïs Hiller, avec la froide lucidité du grand frère en plus et, malgré cette cruelle conscience de sa propre vacuité, on devine une féroce volonté de s'accrocher au soi et à ses convictions.

Il paraît qu'il faut se perdre pour mieux se retrouver ; finalement, c'est peut-être en acceptant de se trouver qu'on comprend qu'il n'y a pas d'autre choix que celui de se perdre.


Si vous faisiez part à Karl Mengel de votre envie de le connaître un peu mieux, il est fort probable qu'il vous fasse la même réponse que celle de Lauren Hynde à Sean Bateman : "Tu ne peux pas. Tu ne me connaîtras jamais, personne ne connaît personne."

(Sortie officielle en librairies : 26/08/09)

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24 juillet 2009

L'Elégance du Hérisson

Ce billet est dédié à celle qui se reconnaîtra.

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Rien que par esprit de contradiction, histoire de mettre à mal - au moins dans ma tête - le snobisme élitiste des bibliothécaires en rut ("Kooooâââ ?! De la littérature au rabaiiiiis ?"), j'ai commencé ce livre en ayant une folle envie de l'aimer.

La structure est assez simple et l'histoire se raconte à deux voix : celle de Paloma, une collégienne de douze ans et demi, surdouée et suicidaire, et celle de Renée, concierge de l'immeuble où réside Paloma, qui camoufle son érudition derrière ses oripeaux de pauvresse. Sans qu'elles ne puissent le savoir, Paloma et Renée ont des réflexions étrangement similaires sur à peu près tout, des autres occupants de l'immeuble jusqu'à la nécessité de l'Art dans la vie d'un homme.
Ce n'est toutefois que par l'intermédiaire d'un nouvel habitant - M. Karuko Ozu - que les deux protagonistes en viendront à se croiser et à se rendre compte de leurs similitudes.

Je crois que ce roman a bien marché (euphémisme) exactement pour les mêmes raisons qui ont emmerdé les BER.
C'est cette histoire de culture accessible à tout le monde, ce petit côté Amélie Poulain, la beauté intérieure des petites gens, et la noblesse de leur esprit, des qualités qui les rendent en tous points supérieurs aux bourgeois qui s'enorgueillissent de possessions qu'ils ne maîtrisent pas, la culture ne faisant pas exception à la règle.
Renée Michel, dans sa loge de concierge, elle les nique tous, vous voyez.
Elle étale du Kant en même temps que le beurre sur sa tartine du matin.
Moi j'aurais bien voulu la lire citer du Nietzsche, la vieille, on se serait déjà un peu plus amusés.
L'histoire est jolie, et on peut pas lui enlever.
Elle n'est pas rose non plus, puisqu'au moment même où Ozu se rendait compte de la vraie richesse de Renée, et lui tendait la perche nécessaire pour qu'elle puisse s'ouvrir au monde, voilà qu'elle se fait renverser par une voiture.
C'est quand même pas de bol.
Je suis tellement cynique que dès qu'il y a un tant soit peu de bons sentiments, je peux pas m'empêcher de railler, et là c'est de la pure mauvaise foi.
Autant Amélie Poulain, c'est pas la peine de m'en parler, autant là, ça a relativement fonctionné.

Relativement parce qu'à mon avis, seule la deuxième moitié du livre est intéressante - plus exactement, les choses se précisent lorsqu'entre en scène le personnage de Karuko Ozu.
La première moitié est juste chiante comme la pluie, c'est la philo pour les nuls déclinée autour de différents thèmes - à comprendre par là que n'importe quel prétexte est bon pour balancer des références à n'en plus finir : "Oh, ce matin il fait beau... Ce qui me fait penser à Socrate, qui demandait à Hippias ce qu'était le beau, et alors, celui-ci, incapable de lui répondre, dût bien se rendre à l'évidence...". Vous voyez le genre.
Ceci mis à part, je retiens quelques scènes qui m'ont fait sourire, quelques formules que j'ai trouvées particulièrement bien tournées, et sans pour autant partager l'enthousiaste des adeptes de la première heure, j'en tire un bilan globalement satisfaisant.

Les BER seront autorisés à critiquer mes goûts de merde quand ils auront, comme Muriel Barbery, vendu plus de 300.000 exemplaires de leur second roman.

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18 juillet 2009

Some really have a way with words

Errer sans but sur le grand continent du hasard est une autre possibilité qui nous est laissée. Exactement comme les graines ailées de certains végétaux qu'emporte le vent printanier au gré de ses caprices.
On pourra cependant affirmer dans le même temps que le hasard n'existe pas : "Ce qui est accompli l'est indubitablement, ce qui ne l'est pas encore, l'est tout aussi indubitablement". Bref, on dira que nous ne sommes rien, sinon des existences instantanées, coincées entre le "Tout" qui est derrière nous et le "Zéro" qu'on a sous les yeux, et qu'il n'y a là nulle place, ni pour le hasard, ni pour le possible.
Mais entre ces deux façons de voir, il n'y a en fait pas grande différence. Il en va ici - et c'est le cas de la plupart des points de vue antagonistes - comme de ces préparations culinaires qui portent deux noms différents mais qui n'en sont pas moins une seule chose.

C'est une comparaison.

Soit on se place du point de vue "A", et le fait que j'ai choisi cette photo de moutons pour la page couleurs de la revue est un pur hasard ; soit on se place du point de vue "B", et le même fait n'est pas un hasard.

a) J'étais à la recherche d'une photo pour la page couleurs de la revue. Une photo de moutons se trouvait par hasard au fond d'un de mes tiroirs. Et je m'en suis servi. Hasard paisible dans un monde paisible.
b) Au fond du tiroir, la photo des moutons m'attendait depuis longtemps. A supposer que je ne m'en fusse pas servi pour la page couleurs de ladite revue, tôt ou tard, j'en aurais fait un autre usage.

A la réflexion, c'est là une formule que je pourrais fort bien appliquer à toutes les facettes de l'existence que j'ai menée jusqu'ici. Avec un peu d'entraînement, je pourrais peut-être arriver à manoeuvrer de ma main droite les facettes "A" de ma vie, et de ma main gauche les facettes "B". Mais, finalement, cela n'aurait pas grand intérêt. Pas plus que les trous dans les beignets. Considérer ceux-ci comme du vide ou comme de la substance est un problème métaphysique qui ne change strictement rien à la saveur des beignets.



Haruki Murakami - La Course au mouton sauvage.

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17 juillet 2009

Tideland

Il y a quelques années, j'ai vu le film de Terry Gilliam.

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Je ne savais pas qu'il s'agissait de l'adaptation d'un roman, celui de Mitch Cullin, que j'ai terminé hier.
L'histoire, c'est celle de Jeliza-Rose, une petite fille qui part vivre dans une vieille bicoque avec son père, ex rock-star héroïnomane, désireux d'échapper à l'éventuelle poursuite de la police, après la mort par overdose de la maman de Jeliza-Rose.
Il est difficile de faire la différence entre ceux qui dorment et ceux qui sont morts.
Alors quand Noah, son papa, s'assoupit suite à un shot ultime, Jeliza-Rose le laisse dormir, et s'occupe comme elle peut, survit comme elle peut, avec l'imaginaire dressé en rempart contre l'horreur faite réalité.

Tideland est un conte de fées oppressant, c'est la chute d'Alice au fond du puits, avec tout le côté vaseux en prime.
On a beau s'émerveiller, parfois, et sourire, souvent, nous n'en sommes pas moins horrifiés, écoeurés, parce que nous sommes les seuls à saisir les tenants et aboutissants pour le moins malsains, parce que nous sommes les seuls à décrypter la folie, la menace, la petite dose de pédophilie et le sous entendu nécrophile. Les personnages échappent à tout ça, parce que les personnages évoluent chacun dans leur propre monde, qui n'a pas grand chose à voir avec notre sens de la réalité.
Tideland n'est pas, pour autant, un livre noir. La candeur et l'imagination de Jeliza-Rose en font une fable de survie qui s'ignore elle-même, pleine d'optimisme et d'inventivité. La prise de conscience du contexte, qu'effectue le lecteur au nom du protagoniste, n'est rien d'autre qu'une brillante conséquence empathique, qui achève de nous emprisonner dans le récit et de laisser celui-ci nous hanter.

L'adaptation de Terry Gilliam est on ne peut plus fidèle au roman, l'aspect conte de fées étant brillamment retranscrit par le soin apporté à la photographie et les couleurs sépia qui dominent.
Quasi personne n'a aimé ce film, jugé trop long, trop chiant, probablement trop à mi chemin entre deux extrêmes pour le cerveau binaire de base.
Moi je vous le conseille... Mais avec un minimum de préparation psychologique au préalable, et en prévoyant un Disney pour enchaîner. Mais pas Alice au pays des merveilles !

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05 juillet 2009

The Anomalies

Après l'excellent Torturez l'artiste ! qui se présentait comme une quête originale et satirique de l'artiste maudit, Joey Goebel publie son deuxième roman pour nous narrer l'odyssée rock de cinq personnages marginaux et pour le moins excentriques.


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Luster, un grand black qui attire les regards suspicieux du chaland car il lui arrive fréquemment de parler tout seul, à voix haute, en vers et en citant William Blake, veut swinguer comme Chuck Norris sur un tourniquet.
Il ambitionne de devenir une star, de révolutionner la musique avec quatre comparses bigarrés, sachant qu'il ne s'agira que de la première étape de sa vaste entreprise de lutte d'imposition face à l'humanoïde :
"Je ne considère pas les humanoïdes comme réellement présents. Ce sont de simples projections holographiques de ce qu'ils croient devoir être. Chacun est ce qu'il fait semblant d'être. Bien qu'ils ne soient pas réellement présents, les humanoïdes parviennent à me gâcher l'existence. Pourtant je n'aime pas voir un autre humain pleurer. Et je veux qu'ils m'aiment."

Luster est accompagné par Opal, octogénaire épicurienne, qui entend bien passer les dernières années de son existence à profiter de sa vie, n'en déplaise à ses nièces et à son thérapeute de groupe bien-pensant : "La vérité, c'est que je suis cinglée. On pourrait même dire que je l'ai toujours été. J'ai jamais voulu me marier. Jamais eu envie qu'on m'appelle Mamie. J'en sais rien. Tout ce que je sais c'est que j'ai quatre-vingt ans et que j'ai pas envie de crever."

Opal est la babysitter d'Ember, gamine surdouée et destructrice, dont les parents n'ont guère le temps de s'occuper, accaparés qu'ils sont par leurs prochaines vacances à Cancun. Angélique en apparence bien que littéralement survoltée, Ember porte un regard cyniquement éveillé sur le monde qui l'entoure : "Je n'ai jamais eu peur du Croque-Mitaine parce qu'il n'existe pas. Ni le lapin de Pâques. Et surtout pas le Père Noël. Je suis pas débile. Le Père Noël est un énorme mensonge pour faire tenir les enfants tranquilles."

Ray, un Irakien efféminé à la recherche du soldat US qu'il a blessé pendant la guerre du Golfe a également sa place au sein de la clique, ainsi qu'Aurora, adolescente sataniste qui, suite aux conseils de Luster, se trimballe en fauteuil roulant dans l'espoir d'être considérée comme une personne à part entière et pas seulement comme une paire de nibards.


Dans leur petit bled du Kentucky, les cinq huluberlus officient au sein d'un groupe rock-pop-punk-new-wave-groove et on suivra, au fil de l'ouvrage, des péripéties tantôt hilarantes, tantôt touchantes, qui nous mèneront jusqu'au jour J de leur premier concert, et même un peu au-delà.
Les cinq personnages, bien décidés à faire taire les clichés, se débattent avec une ferveur qui tient autant de l'énergie du désespoir que de la rébellion adolescente.
Le roman se décompose en différents points de vue ; autant ceux des protagonistes que ceux des humanoïdes qui croiseront leur route.
L'énergie et l'efficacité de l'auteur, omniprésentes dans son premier roman, se communiquent une fois de plus au lecteur, qui pourra seulement regretter des dialogues moins bien maîtrisés que dans le premier opus, les cinq personnages n'étant vraiment différenciables les uns des autres que lorsqu'ils apparaissent en tant qu'éléments isolés du groupe.
Il s'agit tout de même d'une réussite, qui ne manquera pas de vous faire sourire tout en entretenant savamment une amertume distillée crescendo dans l'ouvrage, jusqu'à atteindre son paroxysme dans les dernières pages.

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Chroniques de l'oiseau à ressort

Toru Okada est un ex-juriste qui a démissionné depuis peu, le salaire de son épouse, Kumiko, étant suffisamment élevé pour subvenir aux besoins du couple.
Le jeune homme, qui passe des journées somme toute banales, est interrompu dans sa quiétude lorsque son téléphone sonne et qu'il se retrouve à écouter une mystérieuse interlocutrice le suppliant de lui accorder dix minutes de son temps pour que tous deux parviennent à mieux se comprendre.
Etincelle anecdotique qui va mettre le feu à une poudrière bien compliquée, ce coup de fil sera la première étape d'une plongée dans un univers fascinant, envoûtant, et qui tendra à s'éloigner de plus en plus de la réalité, bien palpable et concrète.


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Noboru Wataya, le chat de Toru et Kumiko Okada, a disparu.
Cet événement est doublement symbolique, faisant référence à la fois à l'union des deux protagonistes et au frère de Kumiko, puisque le chat porte ses prénom et nom.
Dans ses recherches pour le retrouver, Toru Okada croisera la route de personnages atypiques et parfois inquiétants : May Kasahara, une jeune voisine parfois animée par de soudaines pulsions morbides, et dont l'ouvrage sera marqué par la récurrence des interventions, toujours fraîches et pertinentes.
Les soeurs Malta et Creta Kano, toutes deux medium, l'une d'elles étant directement liée à Noboru Wataya sous sa forme humaine.
Alors que l'on se retrouve plongé dans l'univers de Toru Okada, et littéralement happé par l'écriture d'Haruki Murakami, les pistes de l'intrigue semblent se démultiplier, de nouveaux personnages d'une fascinante richesse apparaissent, et la trame fantastique du récit s'accentue de plus belle lorsque Kumiko disparaît à son tour.


Le puits supposé à sec d'une maison voisine, théâtre d'événements mystérieux et sordides, se retrouve être le centre du réseau relationnel compliqué de Toru Okada.
Lieu de passage où la frontière entre le rêve et la réalité devient moins tangible au point de parfois disparaître, le puits se fait le lieu de réflexion et d'introspection du protagoniste, qui y trouve une nouvelle porte d'accès, à lui-même et aux autres, où se mêlent l'absurde, le symbolisme et le surnaturel.
Seul le chant de l'oiseau à ressort, qui intervient comme un régulateur après qu'un énévement incompréhensible se soit produit, permet à Toru Okada de s'ancrer dans la réalité.


La maîtrise de l'écriture d'Haruki Murakami est telle qu'il joue avec tous les accords de la gamme des émotions de ses lecteurs. Empathiques vis-à-vis du personnage principal, placide devant l'enchevêtrement d'intrigues pourtant alarmantes, nous nous retrouvons nous-mêmes, au fil des pages, dans un état de flottaison, immergés dans le récit comme l'est Toru Okada dans les ténèbres du puits, suivant les pistes de réflexions et celles de l'enquêtes les unes après les autres avec un grand intérêt qui ne s'amenuise jamais.
La lecture des Chroniques de l'oiseau à ressort est une expérience sensorielle qui n'est pas dénuée d'humour, et dont nous effleurons seulement la portée philosophique à notre première lecture.
C'est un livre-univers, où nous prenons plaisir à nous immerger, et qui nous demande d'y revenir, pour affiner et analyser nos perceptions.
Magistral.

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03 juillet 2009

Les Miscellanées du Rock

Co-écrit par Jean-Eric Perrin, Jérôme Rey et Gilles Verlant, cet ouvrage se présente comme un recueil d'anecdotes divertissant, comme nous l'indique la quatrième de couverture.
On y trouve ainsi différents listings parfois intéressants, souvent drôles (les plus longs titres d'album de l'histoire du rock), des dossiers qui peuvent, dans le meilleur des cas, interpeller le lecteur - notamment celui sur la pédophilie, mais il suffit globalement d'avoir lu les vingt premières pages du livre pour faire mentir la quatrième : non, il ne s'agit pas d'un recueil érudit, et non, les informations véhiculées ne sont pas indispensables, car au minimum subjectives.


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Même en période de lectures estivales, récréatives et divertissantes, on regrette donc, une fois de plus, de devoir se passer de toute dimension analytique du phénomène et de devoir rester cantonné au domaine de l'anecdotique.
L'ouvrage se présentant précisément comme tel, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si on ne ressentait pas, à la lecture, cette horripilante volonté des auteurs de se positionner de manière élitiste et d'afficher leur très grande culture aux yeux du néophyte qui, seul, pourra éventuellement se sentir impressionné.
Gagons plutôt qu'il risque de simplement s'en foutre, les petites listes n'ayant malheureusement aucun enchaînement judicieux et/ou pertinent dans leurs thématiques : elles se suivent, au hasard des bonnes volontés des auteurs, ou peut-être en fonction de l'espace qu'il a fallu remplir.


Epuré de toute prétention et articulé autour d'une thématique un peu mieux définie, l'ouvrage aurait gagné en pertinence et en intérêt.
En l'état actuel, ne soyons pas trop durs, il reste tout de même divertissant, et présente même le mérite de nous faire parfois sourire.

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07 juin 2009

Sauvez Pedro de l'enfer de la drogue ; achetez mon livre !

Mes chers tous,

Eclairée par les précieux enseignements de Trent Reznor, je me lance, à mon tour, dans une grande campagne de marketing viral, pour réapprendre au monde entier les notions de communautarisme, de solidarité et de générosité.

Meet Pedro, jeune rock star argentine, au sommet de sa gloire il y a encore peu de temps :


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He's too sexy for his shirt...

Suite à différents abus en tous genres mauvais traitements subis à cause des addictions pathologiques de l'implacabilité du capitalisme, Pedro se retrouve pauvre, démuni, fort dépourvu maintenant que la brise est revenue, et pour acheter toujours plus de bibine relancer sa carrière et rien moins que rester en vie, il aurait grand besoin d'un max de thunes d'une greffe du foie aussitôt que possible.

Don't let him fall apart :

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Seen better times, heh..



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What has he become, my sweetest friend ?

Pour sauver Pedro de l'enfer des favelas, VOUS pouvez faire un geste !
Il vous suffit en effet d'investir la modique somme de 10€ dans mon premier roman, à paraître le 10 juin aux Editions Léo Scheer, mais qu'on peut déjà aller l'acheter dès maintenant à la Fnac.
Et puis aussi par exemple.
Et en règle générale, dans toutes les bonnes librairies et aussi les Virgin.
Pour tous ceux qui n'auraient pas compris, ce qui serait compréhensible parce que la genèse de la chose est compliquée, ça s'appelle Unplugged, et l'auteur, c'est moi, c'est-à-dire Alexandra Varrin.
Et donc, sur un montant total de 10€ dépensés, ce qui n'est pas cher payé pour vous divertir, bande de moules, sachez que 0,000009 centimes iront tout droit dans la poche de Pedro pour que nous puissions soigner sa cirrhose et lui faire greffer un foie tout neuf au plus vite !
So, don't hesitate any longer !

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Pour les plus généreux, n'hésitez pas à cliquer sur le "contactez l'auteur" en haut à droite de votre écran.
Pour 40€ en plus du prix d'achat, Pedro et moi nous engageons personnellement à vous signer votre exemplaire.


MAY THE FUN BE WITH YOU !!


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...
And, well... Try to enjoy !


Edit : Vidéo de promo "traditionnelle", avec un duo Myself / Pedro, ce dernier étant alors au sommet de sa gloire. Help him strike back !


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28 mai 2009

Les aventures de Thursday Next

Comme j'ai pas vraiment l'occasion de prendre du recul, par rapport à tout un tas de choses, je me dis que c'est peut-être une bonne idée de reprendre du service.
Comme dirait Jeordie White : "Wherever you go, there you are !".
So here I am. Again.
En ce moment, j'essaie de maximiser mon quota de divertissement / détente, ce qui influence grandement ma consommation culturelle, quasi inexistante au demeurant.
Mes amis m'attachant solidement avec une corde et me tirant régulièrement par les cheveux pour me forcer à aller à la piscine, faut dire que ça me limite considérablement le temps. Je leur jette donc une poignée de sable au passage, et je garde le gros rocher pour moi : j'arrive pas tellement, ces temps-ci, à me plonger dans n'importe quel univers, je manque de réceptivité et d'enthousiasme.
En dépit de tout ça, je suis quand même contente de parcourir, même lentement, un nouveau volume des aventures de Thursday Next.

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J'ai découvert un peu par hasard les livres de Jasper Fforde.
Quand je me retrouve dans une librairie, en n'ayant absolument aucune idée de ce qui me plairait d'acheter, j'ai souvent l'impulsion d'aller traîner du côté de la collection 10/18. Les images de couverture m'attirent l'oeil, et pour peu que le résumé ait l'air un peu décalé - ce qui est fréquemment le cas - je trouve assez rapidement quelque chose à me mettre sous la dent.
J'ai donc commencé à m'intéresser à cet auteur en lisant malencontreusement le 3ème volume d'une série, intitulé "Le Puits des Histoires Perdues".
D'emblée, j'ai trouvé l'univers particulièrement original et intéressant.
Le style est propre à l'auteur et donc difficile à catégoriser, c'est sans doute la chose qui me plaît le plus d'ailleurs. Pour débroussailler quand même un peu le terrain, disons que ça tient du thriller littéraire sur un fond de joyeuse fantasy.
Le personnage principal, Thursday Next, est détective au sein des Opérations Spéciales littéraires, division qui englobe un peu tout et n'importe quoi, de la chasse aux faux jusqu'aux enquêtes grammaticales. Le monde dans lequel elle évolue est pour le moins loufoque, truffé de références littéraires diverses et variées (de Shakespeare à Stephen King) et dépeint dans un style qui n'est pas sans rappeler certaines des prouesses de Lewis Carroll.
Après avoir commencé dans le mauvais sens mais été conquise par l'originalité de la chose, j'ai donc lu le premier tome et suis restée sur ma position. A présent que j'attaque le deuxième, je ressens comme le besoin de passer le mot.
Si cette présentation succincte vous interpelle donc, voici les titres des livres articulés autour de Thursday Next, dans l'ordre dans lequel il est préférable de les lire - ceci étant, rien ne vous empêche de commencer n'importe comment, les choses sont faites pour que le lecteur, tel le chat du Cheshire, retombe toujours sur ses pattes :

1. L'Affaire Jane Eyre
2. Délivrez-moi !
3. Le Puits des Histoires Perdues
4. Sauvez Hamlet !
5. Le Début de la Fin

On aura connu mieux, comme présentation, mais je pense que je développerai davantage une fois que j'aurai fini les 5 volumes ; l'évolution des personnages récurrents et la diversité des intrigues seront des points majeurs à analyser ; pour cela, il me manque malheureusement un peu de matière.
En attendant, si vous avez l'occasion... Ca vaut vraiment le détour.

Posté par Cryptorchid à 10:30 - Livres [42] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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