31 janvier 2008
La méthode simple pour en finir avec la cigarette
S'il y a bien quelque chose que j'ai toujours détesté, ce sont les guides de vie.
Ces espèces de non livres qui donnent pourtant à beaucoup l'impression d'en être, ces manuels qui te disent comment maigrir, comment grossir, comment élever tes gosses, voire même comment t'en débarasser, comment ranger ton appartement, comment choper un mec, comment faire jouir le mec, comment garder le mec, comment annoncer au mec que t'es en cloque, comment larguer le mec... ARGH!!!
Non vraiment je ne m'y fais pas.
Versions écrites de "Super Nanny", de "M6-range-ton-appart-à-ta-place-feignasse", petites choses douloureuses qui vont à l'encontre même du principe de littérature mais que les ménagère s'empressent d'empiler dans leur caddie pour se donner bonne conscience, moi je dis non.
J'ai une conscience aiguë du monde maboule qui tourne autour de moi et de ses problèmes, mais là je rejette tout en bloc. Trop c'est trop. Touchez pas aux bouquins, merde !
Mais voilà que Manon m'a parlé de ça :
Chose odieuse, qui, d'après ma comparse tout aussi dubitative que moi, s'était pourtant révélée efficace auprès de quelques unes de ses camarades de classe.
Après quelques recherches, nous eûmes l'occasion de lire des commentaires plutôt élogieux sur la dite méthode :
http://www.amazon.fr/M%C3%A9thode-simple-pour-finir-cigarette/dp/2266143042
Pleine de contradiction, et me disant non sans ironie que le prix de la propagande revenait à celui d'un paquet de cancérettes, je décidai donc d'investir.
Prise d'une soudaine sensation d'étouffement une fois arrivée dans le rayon "Guides de vie" du Virgin, je n'avais plus qu'une seule idée en tête : reposer l'horreur et sortir m'en griller une.
Prenant mes couilles à deux mains, je finis par investir dans d'autres (vrais) livres, histoire de planquer l'Horreur au milieu de joyeuses histoires et une fois rentrée chez moi, je rangeai le tout dans ma bibliothèque sans plus trop y penser.
Avant hier, ayant relu pour la énième fois "Ca" de Stephen King, et me sentant comme à chaque fois nostalgique au possible à l'idée de quitter l'enfance et de faire, chaque jour, un peu plus de pas hors de la candeur et de l'imaginaire, je décidai d'entamer la lecture de l'Horreur pour me remettre de mes émotions à tendances lacrymales.
Première impression :
"(...) le fumeur fumerait une vieille corde pourrie s'il n'avait plus que ça en sa possession", et là tu penses à toi, obligée de fumer des Camel que tu détestes parce qu'elles sont moins chères que ta marque adorée que tu ne peux plus te payer, et tu hoches la tête en riant et en te disant "han oui c'est vrai, quelle droguée, hinhinhin !".
Une dizaine de pages plus loin : "(...) le fumeur fumerait une vieille corde pourrie s'il n'avait plus que ça en sa possession", et là tu as une impression de déjà lu.
Quinze pages plus tard : "(...) le fumeur blabla corde pourrie blabla", et là tu roules des yeux en t'allumant une clope.
Bien vite, entre les redites, les passages écrits en gras pour bien que tu comprennes, et le ton moralisateur du brave Allan Carr, ton ennui se teinte d'une once d'énervement ("Il va la fermer sa gueule, et balancer la formule magique, oui ou merde ??").
Ceci dit, l'Allan, il a quand même un petit sens de l'auto dérision qui fait que tu en redemandes quand même : "(...) Le fumeur fume souvent lorsqu'il s'ennuie. Vous êtes sans doute en train de vous en allumer une (...)". Bon, un bien brave gars après tout. Et pas con. Le hic, c'est que toute toxo que je sois, je ne suis malheureusement pas conne non plus.
Ce que tente de faire Allan, à grands renforts de comparaisons et de métaphores souvent pertinentes, accordons le lui, ce n'est pas de faire du fait d'arrêter de fumer quelque chose d'insurmontable, comme des tas de gens ont tendance à le penser, mais plutôt de transformer la vision du fumeur pour qu'il y voie là une libération, et qu'il en vienne même à attendre avec impatience le jour qu'il s'est fixé pour arrêter.
Plutôt bien pensé, mais si l'on ajoute à ça les longs passages qui nous font comprendre avec justesse à quel point nous sommes sous l'emprise de la drogue, essentiellement psychologiquement, on ne peut pas s'empêcher d'y voir là une contradiction. ("Mec, tu viens de me faire écarquiller les yeux d'horreur en me racontant comment mon propre esprit était sous l'emprise de la nicotine, et maintenant tu me dis que c'est facile ??")
Et puis merde on s'en doutait.
Je ne suis pas stoïcienne au point d'arriver en un clin d'oeil à faire coïncider ma vision des choses avec la triste réalité. C'est comme pour les régimes, c'est facile de se dire que c'est plus sain et que tu ressembleras moins à un goret, n'empêche que t'as quand même envie d'aller de la taper, ta tarte aux myrtilles.
Ceci étant dit, depuis que j'ai commencé ce chef d'oeuvre de la littérature, mes nuits commencent à être peuplées de clopes. Je me demande même s'il n'y en a pas une géante qui me suit dans la rue, telle mon ombre, un rictus diabolique sur le visage.
Evidemment j'en allume une du coup.
Je n'ai plus qu'à espérer que les derniers chapitres d'Allan Carr agissent sur moi comme la Révélation Finale parce qu'en attendant, faute de thunes, je me verrai contrainte de ne plus acheter de paquet et donc de vivre sur mes réserves jusqu'à dimanche inclus.
Plus simplement : lundi j'arrête.
Dieu aie pitié de mon âme.
23 novembre 2007
Mort aux cons !
Dans ma quête désespérée d'agréables surprises en terme de littérature française contemporaine, ou pour faire plus simple, alors que j'errais lamentablement dans le rayon "Livres" du Virgin Megastore, un titre, parmi tant d'autres, attira soudain mon attention : "Mort aux cons".
Amusée par le 4ème de couveture, je décidai sans trop tarder d'investir, pour mon plus grand bonheur, car après moul recherches complètement infructueuses, je l'avais enfin entre les mains ma bonne surprise de la littérature française contemporaine !
Irrité par la canicule, accablé par une vague brûlante d'exaspération, tout commence pour le héros lorsque, pris d'un soudain élan irrépréssible d'impulsivité, il balance d'un geste radical le chat de l'une de ses voisines par la fenêtre.
Dans l'immeuble, c'est bientôt le branle bas de combat, la solidarité se crée autour de la veuve éplorée, et, l'ennemi commun étant bien entendu fédérateur, tout le voisinnage se rallie, animé par une juste et noble cause : la défense des animaux.
Fort de son succès, qui a tout de même contribué à un fort rapprochement de personnes qui se côtoyaient jadis sans pour autant se prêter une véritable attention, notre héros décide de ne pas s'arrêter là, et entreprend de zigouiller, un par un, tous les animaux du quartier.
En dépit d'une bonne volonté évidente et d'un entraînement sans relâche pour faire les choses vite et bien, la situation ne tarde pas à dégénérer lorsque des groupuscules associatifs défenseurs d'animaux commencent à se mêler à l'intrigue tout en se tirant dans les pattes.
Anéanti, notre protagoniste va bientôt donner à sa tâche une ampleur bien plus importante, pour notre plus grand plaisir : ne pas se contenter des animaux mais s'en prendre aussi à leurs maîtres !
Ainsi se lance-t-il à tâtons dans l'erradiquation des cons, chose dont il va progressivement prendre conscience lorsqu'il tentera mentalement de définir ce qu'avaient en commun toutes ses victimes.
Sa lutte est désormais explicite : les cons demeurant dans un état desespérément immuable, la seule solution pour en venir à bout consiste en leur disparition.
Ainsi assistons-nous au fil des pages, à la constitution d'un ouvrage simplement jouissif, à la fois jubilatoire (qui n'a jamais rêvé de tuer la connasse de l'administration qui vous fixe d'un oeil bovin sans rien comprendre à vos réclamations alors que vous poireautez depuis d'innombrables heures ?), cynique, cinglant, délicieusement comique et intelligent, avec à la clef une typologie du con finement élaborée et consistant en une véritable philosophie pour notre héros.
On part de ce qu'on pourrait considérer comme étant un simple pétage de plombs pour en aboutir à un réseau d'idées finement constitué et qui comporte malheureusement intrinsèquement son propre paradoxe.
En effet, comme le signalera l'un des personnages, à faire d'une idée - bien qu'intelligente - une véritable idéologie qui conditionne notre vision du monde, on se limite soi même ses propres perspectives, notre esprit devient pernicieusement plus étroit, et de là à la connerie il n'y a plus qu'un pas...
En tous cas nous avons là un serial killer dont nous comprenons aisément la cause, à défaut de la cautionner, et pour lequel nous nous sentons plein d'empathie !
Rares sont les livres qui m'arrachent un rire sonore, je suis donc amplement satisfaite de ma découverte !
10 novembre 2007
Man World
Même si je peux sans honte me catégoriser comme étant une anti féministe, je n'en suis pas moins une gonzesse, et, qui plus est, une lectrice chevronnée (même si au final, plus ça va, plus je me rends compte qu'il reste une quantité infinie d'oeuvres sur lesquelles je n'ai pas encore eu l'occasion de jeter mon dévolu). Le constat m'est venu en réfléchissant aux diverses et variées oeuvres de Stephen King que j'ai déjà lues, et ce fut d'autant plus facile que j'en connais quand même un rayon au sujet de ce brave Stevvie. Finalement, on en revient quand même à la lecture féministe du conte de fées, avec la princesse qui se laisse pousser les cheveux dans son donjon tandis que le prince affronte les hydres et les dragons.
En élargissant à d'autres auteurs ma petite théorie, je me suis rapidement rendue compte que les femmes n'étaient bien souvent des héroïnes de romans que dans deux cas : Je me suis ensuite demandé quels étaient les livres où un personnage féminin m'avait paru vraiment charismatique, et force est de constater que le charisme est bien plus souvent masculin. Y a-t-il une version féminine de Patrick Bateman dans la littérature actuellement ? Non. Et pourtant notre époque est censée coïncider avec l'avènement du féminisme. On pourra me contredire en évoquant les livres d'Amélie Nothomb, mais étant donné qu'elle se met elle même en scène dans tous ses ouvrages, je doute que l'exemple soit pertinent (sans parler du fait que pour moi ce n'est pas de la littérature mais de la merde, mais je m'efforce de rester objective). Betty Blue, bien sûr, héroïne de 37°2 le matin, par Philippe Djian, avant d'avoir été interprétée par Béatrice Dalle à l'écran...
Et puis la princesse, finalement, pourquoi est-ce qu'on la remarque dans les contes de fées, pourquoi le prince se met à assassiner les streums de la forêt en son nom ? Parce qu'elle est bonne ! Mais évidemment, rien n'est dit à propos de son intelligence, de son sens de l'humour, ou de quoi que ce soit qui puisse lui donner une dimension humaine au lieu d'être cette icône figée et donc forcément stéréotypée. Pourquoi aucune grande épopée ne met en scène une héroïne digne de ce nom ? Dolorès Claiborne est une héroïne. Finalement, ce n'est peut être pas non plus un hasard si les hommes ne sont pas vraiment convaincus par le concept de la femme jolie, drôle et intelligente, parce que ce n'est certainement pas la littérature qui leur a offert une chance. Susannah Holmes, héroïne secondaire de la Tour Sombre, personnage résultant de la fusion entre deux femmes est une sacrée héroïne. Une héroïne à la hauteur, à la fois pleine de bravoure et de charme. Je crois que la plupart des conclusions étant tirées, il ne me reste plus qu'à écrire moi même un livre avec une héroïne censée, honorable et en plus jolie !
En réfléchissant un peu, lors d'une soirée d'ennui et de perdition intellectuelle, une évidence m'est soudain venue à l'esprit : les femmes ont une place plus que limitée dans la littérature.
Bien sûr, ça peut sans doute paraître ridicule d'avoir commencé par un auteur de best sellers, mais l'exemple n'en est pas moins représentatif étant donné qu'il s'agit d'un auteur de fiction, c'est à dire un auteur dont le parti pris devrait être purement symbolique.
Si les monstres et les formes qu'ils prennent peuvent coïncider avec des périodes clefs aussi bien au niveau du collectif (la montée en puissance des extra terrestres au moment de la guerre froide) qu'au niveau de l'individu (l'intrusion des serial killers représentative de la peur du viol de l'intimité), les femmes, elles, restent complètement dérisoires et n'ont bien souvent qu'un rôle d'accompagnement.
Qui se tape tout le boulot face aux forces surnaturelles - même si ça correspond plutôt à se laisser embrigader - tandis que Wendy astique l'hôtel Overlook ? C'est Jack Torrance !
Qui s'échine à vouloir aller contre le travail de deuil en affrontant le Wendigo ? C'est Louis Creed. Que fait Rachel pendant ce temps là ? Elle passe Thanksgiving chez ses vieux avec sa fille.
... vs Jack Torrance (Jack Nicholoson), enthousiasmé par sa position de supériorité
La représentation littéraire du féminisme, avec des auteurs féminines et potentiellement engagées (Jane Austen par exemple)
Les romans à l'eau de rose, ou les romans de gare, avec soit des héroïnes complètement stéréotypées (Mary Higgins Clark, Bridget Jones...), soi des héroïnes un peu plus futées, mais alors, une fois de plus, cherchant à se faire respecter dans un monde à dominante masculine (Patricia Cornwell et sa Kay Scarpetta par exemple).
Bridget Jones (Renee Zellweger), ou la vision moderne de la femme dans la littérature... Ahem...
Alors qui ? Quelles héroïnes féminines m'ont déjà fait rêver ? Y en a-t-il une qui puisse m'aider à citer un nom au lieu d'ouvrir des yeux endormis tout en tirant sur ma clope lorsque j'en arrive à la question "quelle est votre héroïne de fiction préférée" dans le questionnaire de Proust ?
... Sauf que... C'est tout de même Zorg qui raconte l'histoire et qui la met en scène ; toutes les belles phrases et toutes les théories viennent de lui, et si elle le dépasse en charisme et en force de caractère c'est tout simplement parce qu'elle est folle.
Est-ce qu'on n'en revient pas une nouvelle fois au conte de fée ? La princesse est totalement dépourvue de charisme et n'a qu'un rôle d'accompagnement, mais celle qui fait le plus parler d'elle c'est finalement la sorcière, celle qui fait peur...
Dans les grandes histoires d'amour de la littérature, finalement, c'est un peu la même chose, et pour m'attaquer directement au maître, même l'Ariane d'Albert Cohen est fondamentalement dépourvue d'intérêt face à Solal le grand, Solal le charismatique.
D'ailleurs, pour pousser un peu plus loin le raisonnement, le titre, "Belle du Seigneur", ne marque-t-il pas depuis le début la possessivité et l'appartenance de la femme à l'homme ?
Juliette, pourquoi n'as-tu pas le quart de la ferveur de Roméo ? Ophélie, pourquoi es-tu aussi pitoyable face à Hamlet, Iseult, pourquoi a-t-on l'impression que tu sers uniquement de vecteur aux problèmes de ce brave Tristan ?
Pourquoi les femmes dans la fiction sont elles la plupart du temps des écervelées mignonnes mais sans force de caractère qui passent les 3/4 des pages à se préoccuper de leurs nouveaux habits, des calories qu'elles ingurgitent et du % de chances qu'elles ont de se taper Machin ?
Pourquoi en écrivant ça, ai-je l'impression que la fiction est horriblement fidèle à la réalité ??!
Faux.
Dolorès Claiborne est un héros, car Dolorès Claiborne, finement incarnée par Kathy Bates à l'écran (pour vous donner une idée physique du personnage) ne tire jamais parti de sa féminité.
On dirait que la féminité est forcément synonyme de légèreté et de superficialité, et que seules celles qui sont taillées dans la masse avec un caractère bien trempé et une façon de penser finalement bien plus proche du cliché masculin sont aptes à devenir des héroïnes.
Dolores Claiborne (Kathy Bates)
Le cinéma, si. Mais le cinéma repose sur le visuel, qui donne donc déjà un pré-charisme à l'héroïne qui n'est pas à mettre en valeur en faisant appel aux mots. Ceci étant dit, les héroïnes valables ne sont pas non plus des plus nombreuses dans le monde magique du cinéma, surtout en comparaison aux hommes.
Evidemment, elle est facilement éclipsée par l'aura sans pareil de Roland, mais ce que je note aussi, en souriant jaune, c'est qu'il a fallu deux femmes pour en créer une comme elle... Comme si tout était loin d'être inné.
Malgré ce point éventuellement contestable, car il m'est avis que l'intrigue était plus importante aux yeux de King que d'éventuels prises de parti féministe, c'est tout de même lui qui m'a offert le portrait féminin le plus appréciable à travers le personnage de Rose, dans son livre Rose Madder.
Une femme simple, bafouée par son présent mais en quête de changement et d'évolution, à la fois touchante et étrangement forte, pleine de failles et de timidité mais tout autant redoutable.
La fiction nous évite les dérives féministes, pour notre plus grand bonheur, et même s'il est difficile de s'identifier à Rose, je pense sincèrement que son personnage reste un symbole assez puissant.
C'est en tous cas en ce type de femme auquel je crois, une femme qui n'est pas obsédée par son tour de taille, une femme dont la joliesse ne passe pas par l'achat des dernières sapes à la mode, une femme aussi naturelle que grâcieuse et troublante, parce que c'est avant tout dans son caractère et dans sa personnalité qu'elle trouve ses principaux atouts.
Je regrette seulement que la littérature n'en ait pas d'autres comme elle à nous vendre, et surtout que les héroïnes actuelles aient bien plus en commun avec les Suicide Girls qu'avec des personnages comme celui-ci.
Avec un peu de chance, ça se vendra bien dans la catégorie science fiction... ;-)
20 octobre 2007
Pâle sang bleu
Je deviens malgré moi une victime de la rentrée littéraire, puisque suite à la lecture de Cendrillon, d'Eric Reinhardt, dont j'ai parlé un peu plus bas, c'est le tout premier roman d'une jeunette de 21 ans qui a retenu mon attention. Ca s'appelle Pâle Sang Bleu, et l'auteur est une dénommée Alizé Meurisse, apparemment relativement connue du grand public car il s'agit d'une petite protégée de Pete Doherty (Merci les Inrocks !).
Au niveau du style, on a une nette influence de J.D Salinger dans L'attrape Coeur, et quelques passages qui s'apparentent presque à du Bukowski. On pourrait donc penser qu'Alizé Meurisse est rien moins que prometteuse, et c'est le cas, si l'on excepte quelques petits écueils...
La littérature a évolué, et les styles avec elle. On nous a vendu du réalisme au sens concret du terme, avec pour caractéristique principale une surabondance de descriptions interminables ; puis on nous a vendu du rêve pour les uns, de l'esbrouffe pour les autres, mais surtout du divertissement avec une variété de genre presque infinie (SF, Polars...). Désormais on assite à une déstructuration très à la mode des standards et des genres, avec une mise à jour du réalisme qui prend une nuance plus psychologique désormais. Alors on a des personnages vides, creux, mal finis, désabusés et blasés qui parcourent la vie comme on parcourt les pages, à la recherche de sensations mais sachant déjà à la base qu'ils n'en trouveront pas. Les liens se tissent, jamais assez forts, et personne ne peut aider personne à se sauver puisque chacun est pris dans les méandres de son propre monde intérieur, qui n'est jamais plus gai que le monde réel qui emprisonne tout le monde.
Je catégorise bien volontiers Bret Easton Ellis parmis les plus grands déstructurateurs de la littérature, mais il l'a fait avec plus de panache que les autres, en apposant une marque satyrique et choquante qui empêche le lecteur de sombrer dans les abîmes de la dépression et... de l'ennui. Parce que lire la vie de personnages chiants, hé ben c'est chiant.
Philippe Djian m'avait beaucoup accrochée avec ses premières oeuvres, mais il a fini par me lasser en mettant en scène des personnages toujours plus paumés, toujours plus sombres, toujours plus impénétrables et glissant toujours un peu plus près de l'oeil de leur propre cyclone mental.
Alizé Meurisse a pour elle la fraîcheur de ses mots, l'enchaînement fluide des points de vue des personnages qu'on identifie pas toujours clairement tant ils se superposent, reliés par ce dénominateur commun qu'est le fait d'être un peu largué, un peu barré, un peu en marge. Si l'issue de leurs histoires n'est pas définie (évidemment...), elle n'est pas non plus sombre, juste grise, dans une espèce de neutralité un peu malsaine qui tend quand même vers le bas parce que, d'accord, la vie c'est moche quand on y pense.
N'empêche que dans cette interminable lignée d'auteurs qui écrivent sur des personnages moyens voire moches et auxquels on ne s'attache pas pour dire que la vie est moyenne voire moche et que rien ne nous y attache vraiment, la jeunette se distingue quand même un peu, ne serait-ce que parce que des fois, au détour d'une page, sans trop prévenir, il se passe un truc qui nous replonge dans ses mots alors même qu'on était sur le point de décrocher et d'opter pour un regain d'optimisme ailleurs.
A découvrir donc, et à suivre !
Cendrillon
Il y a quelques mois déjà, une idée lumineuse m'était venue à l'esprit lors d'une longue nuit d'insomnie.
Il y a des auteurs qui fonctionnent par thèmes, par images, certains ont sans doute des idées de personnages qu'ils aimeraient bien développer ; moi je fonctionne par idées lumineuses. Pour ma dernière histoire, j'avais eu l'idée de "boucler la boucle", c'est à dire que la première et la dernière page de l'histoire devaient êtres les mêmes. Après avoir écrit la première page frénétiquement, j'ai donc meublé la centaine de pages qui me restait entre les deux extrémités. Trève d'exemples, cette fois j'avais pensé à un personnage, confronté à une décision cruciale dans son existence. Alors qu'il réfléchit à l'issue de tout cela, le personnage voit alors sa vie se dédoubler : le premier avatar correspond à son évolution, suite à la prise de décision N°1 et le deuxième avatar à son évolution suite à la prise de décision N°2.
Très contente de ma brillante idée, j'ai donc entrepris d'en tirer quelque chose et j'ai arrêté après une vingtaine de pages, comme je fais tout le temps, en décidant que c'en était trop.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction, ma rancoeur, que dis-je, mon haussement d'épaules, lorsque je vis qu'un dénommé Eric Reinhardt, l'une des coqueluches de la rentrée littéraire 2007, m'avait plus ou moins pompé mon idée (salaud!) en créant 3 avatars de lui même devant normalement correspondre à ce que ce brave Eric serait devenu s'il n'avait pas rencontré Margot, sa femme, à l'âge de 23 ans.
Armée de toute ma bonne volonté, je décidai donc d'investir dans le livre de ce brave Eric, sobrement intitulé "Cendrillon".
Pour faire bref, on suit effectivement les péripéties de 4 personnes, dont 3 avatars d'Eric et Eric lui même, depuis leur enfance et adolescence, jusqu'à... Ah ben tiens, c'est une rudement bonne question à laquelle je ne peux pas vraiment répondre étant donné que toutes les histoires des personnages s'arrêtent en plein élan, alors qu'on attendait justement un dénouement pour certains d'entre eux.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Eric n'aime pas faire simple.
Alors que les histoires de ses avatars sont souvent drôles, cyniques et toujours décrites avec justesse et un bon sens de la psychologie, Eric lui même apparaît comme un personnage lunaire, terriblement égocentrique et prétentieux, pile poil dans la lignée du stéréotype bobo déplaisant. Tandis que ses avatars évoluent tant bien que mal, Eric y va de grandes digressions sur lui, lui, l'Automne, lui, l'Automne, lui, le roman du siècle qu'il est persuadé qu'il réussira à écrire (sans doute parlait-il de celui que j'avais alors entre les mains, mais ma subjectivité me laisse plus que dubitative). Bref, les avatars d'Eric continuent donc leur route vers la dépravation ou la folie tandis que lui même spleene, tend au narcissisme, renaît car l'Automne arrive et ainsi de suite... La lecture est finalement plaisante, car on ne peut pas enlever à Eric un talent certain pour la prose, jusqu'au moment inévitable où tout part en vrille, évidemment, et où, tandis que les avatars connaissent des crises existentielles, Eric se prend soudain d'élans socio politiques et, non content de dénoncer implicitement la rigidité de la droite, s'en prend aussi à la bourgeoisie de gauche qui se repose sur ses acquis et étouffe les talents immergeants dans l'oeuf, talents immergeants à l'image d'Eric, personnes douées situées en dehors de la bourgeoisie et de son mode de vie, ce qui ressemble bien à un paradoxe étant donné que le brave Ricky sort quand même d'une école de commerce et nous a décrit son lieu de vie pour le moins cossu au début de son oeuvre. Les choses semblent s'accélérer, la dénonciation du star system et des bobos est écrite, décrite, transcrite et retranscrite, jusqu'à l'écoeurement, et on assite enfin à une apogée en queue de poisson absolument remarquable dans l'art populaire du "Lecteur-je-t'entube".
Alors bon, l'idée de base (la mienne, 'foiré !) est originale, certes, traitée pour le moins bizarrement ; le style est bon, les situations sont parfois cocasses, amusantes, cyniquement divertissantes, et sans ce besoin incessant de l'auteur de vouloir politiser sa prose en versant dans un pseudo engagement qui n'a pas lieu d'être, j'aurais peut être pu affirmer avoir aimé ce livre. Malheureusement, mon avis actuel restera mitigé, ce qui ne sera sans doute pas le cas des bobos qui se seront fait gentiment molester tout en sachant que la critique n'est ni très vive ni très fondée, l'auteur appartenant définitivement à leur caste.
Première interaction avec la rentrée littéraire : plus-que-bof !






