31 juillet 2009
Wave Good Bye - la review
Une chambre d'hôtel 4 étoiles : douze millions d'euros. Les restes des repas de la veille dans des attrape-touristes dégueulasses : pas loin d'une cinquantaine d'euros. Le produit dérivé Fanshit obligatoire et qui brise le coeur en petits morceaux parce que c'est écrit "wave good bye" dessus : trente-cinq euros. La lose, ça n'a pas de prix. Mais assister au dernier show de Nine Inch Nails en France dans les arènes de Nîmes non plus.

En bonnes anticipatrices, on avait tout prévu. Deux jours off avant le show et un autre après, c'était quasi forcé que le groupe passe au moins une nuit sur place à l'hôtel. Faut dire que quand on voit écrit "Nîmes" dans les dates de la tournée, nous on s'imagine même pas une seule seconde qu'ils puissent éventuellement décider d'aller ailleurs, comme par exemple à Marseille : Nîmes, c'est Nîmes et pis c'est tout. Nos anticipations se heurtant une par une à l'écueil de la réalité ; on finit par changer de stratégie et copiner avec les techos français, dans l'espoir - vain - qu'ils puissent nous faire rentrer quelques minutes avant l'ouverture officielle des portes, voire qu'on réussisse à se glisser dans les parages pendant le soundcheck. Oui, c'est beau, la candeur, et la naïveté aussi, et je crois que c'est l'apanage du bon loser qui se respecte. Le loser qui, rappelons-le, n'est jamais au bon endroit au bon moment. En dépit d'un timing à chier, nous avons quand même eu l'occasion de faire un bel état des lieux. Sur la scène, 24 heures avant le show :

Vue imprenable sur les algecos servant de loges aux membres du groupe, quelques heures avant leur arrivée :

J'ai bien dit imprenable :

Résignées à rentrer dans notre chambre d'hôtel grand luxe, seules avec nos 9 paires de pompes pour 3 jours, sans avoir croisé l'ombre d'un des membres du groupe, nous nous sommes couchées en espérant que, peut-être, le lendemain, et le hasard aidant, nous réussirions à les approcher avant le concert. Nous avons alors appris une deuxième leçon : la lose ne se limite pas au timing ; elle prend également toute sa dimension dans nombreuses et diverses expressions telles que "on a failli", "on était à deux doigts de", ou encore : "presque". Alors que des inconscients bravaient avec courage l'hypothèse de l'insolation en descendant des bières en plein cagnard depuis 10h du mat' devant les arènes...

... Nous campions non loin du parking où arrivait enfin le bus de tournée. Robin Finck, the light of my life, en descend le premier, furtivement, nous gratifie d'un rapide sourire avant de s'engouffrer dans les algecos, par delà les barricades.

C'est Justin Meldal-Johnsen qui nous fera l'honneur de signer quelques autographes, de poser - plus ou moins à son insu - sur des photos, et de répondre à des questions existentielles d'ados en quête de notoriété ("comment-qu-on-fait-pour-devenir-une-rock-star-justin-?-?"). N'empêche ; sympa.


Alors que Trent Reznor ne descend pas du bus, nous finissons par nous résoudre à faire le tour des barricades pour nous retrouver face à une porte donnant sur l'arrière de la scène, qui était restée ouverte le temps du soundcheck, et par laquelle nous aurions donc pu apercevoir les membres du groupe au lieu de nous résigner à cuire en plein soleil en attendant vainement l'arrivée dudit Trent ou la réapparition de Robin Finck. C'est finalement Ilan Rubin que nous avons croisé, et qui a échangé quelques mots avec nous avant de partir en quête de son jeu d'échecs.


Pour enchaîner sur la notion d'échec, il convient donc de conclure que les deux seules personnes que nous n'avons pas pu approcher, voire carrément pas vues sont précisément celles pour lesquelles on était venu. Ironie cosmique, quand tu nous tiens. Peu de temps après, installées dans les gradins et bénéficiant d'une jolie vue sur la scène et les arènes, nous avons assisté, mortifiées, à la prestation d'Alec Empire, un très grand fan du tube interplanétaire Kung Fu Fighting, qui était chargé d'assurer la première partie.

Pas grand chose à en retenir si ce n'est du bruit, des déclarations-choc ("I am Alec Empire, the fucking destroyer !"), et la précieuse contribution de deux trublions qui dansaient avec frénésie la macarena dans les gradins d'en face : joli ! Dix minutes environ après l'heure annoncée, soit à 21h25, le show commençait, avec l'apparition de Robin Finck, dont la silhouette fut la première à émerger des fumigènes, la guitare à la main, faisant résonner dans les arènes les premiers accords de Home. Trent, arborant un t-shirt blanc, est le dernier à arriver sur scène, les mains dans le dos, sur la pointe des pieds, et les hurlements hystériques vont crescendo avant même qu'il n'aie le temps d'entonner : "Everything is catching up with me"

Set-list :
Home 1.000.000 Letting You Sin March of Pigs Piggy remix Metal The Line Begins To Blur Head Down Burn Gave up La Mer The Frail The Wretched Non Entity I Do Not Want This The Downward Spiral Wish Survivalism Mr. Self Destruct Echoplex The Hand That Feeds Head Like a Hole Rappel: Hurt Les images :






Les émotions restent les plus difficiles à retranscrire. La set-list était complémentaire à celle du concert au Zénith de Paris, trois semaines plus tôt. Un début moins tonitruant, des morceaux plus mélodieux qui s'accordent d'autant mieux à la joliesse du lieu - mention spéciale à l'enchaînement La Mer / The Frail / The Wretched, pleines d'émotion. I do not want this ne tarde pas à suivre, puis The Downward Spiral. Penser, à cet instant, que c'est sans doute la dernière fois que je vois le groupe sur scène m'arrache le coeur de la poitrine pour le faire remonter dans ma gorge. Et puis sur Mister Self Destruct, Trent et son groupe nous montrent que la rage est toujours présente et achève de mettre K.O un public exalté avec un combo Echoplex / The hand that feeds / Head like a hole. Hurt fera office d'ultime rappel. C'est cruel mais on lui en aurait voulu s'il nous avait quittés avec une autre. La fin du concert et l'évacuation des lieux nous plongent dans une torpeur surréaliste ; c'est la même chose à chaque fois mais celle-ci c'est la dernière, alors c'est encore pire. Pour marquer le coup, prolonger un peu la magie, nous décidons d'attendre la sortie des artistes, qui quittent discrètement les arènes pour regagner le tour bus et partir en direction de Madrid. Ici Robin Finck. Dammit.

Contre toute attente, et pour renforcer la dimension ironie cosmique du séjour, c'est la vision d'Alec Empire qui repoussera de quelques instants les débuts de la dépression post-concert. C'est d'ailleurs sur cette image que la narration s'achève : le fucking destroyer, sortant des goguenauds de la gare de Nîmes après y être resté quasiment dix minutes, cheveux gras au vent et baskets crades aux pieds, tout prêt à évacuer bruyamment sa morve dans le mouchoir en papier qu'il tient à la main.

Une déferlante d'émotions condensée en trois jours, une page qui ne se tournera jamais vraiment, une lose absolument hors du commun, contrebalancée par cette sensation, grandiose, de vivre quelque chose, et en en mesurant pleinement l'ampleur. Merci Nine Inch Nails, et un grand merci à Manue en compagnie de qui j'ai passé ces trois jours.
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