08 avril 2009
La mort du zombie
J'ai un nouveau jeu vidéo aujourd'hui.
Ca s'appelle Dead Rising, et je vais me retrouver enfermée dans un centre commercial surrounded by zombies.
J'aurai très exactement soixante-douze heures pour en sortir à temps et monter à bord de l'hélicoptère affrété par les forces de l'ordre, que je peux d'ores et déjà considérer comme étant le seul salut possible.
A priori le scénario m'appartient et libre à moi de me servir de tout ce que je jugerai utile pour dézinguer du zombie.
Je n'ai pas encore commencé parce que, cette semaine, je suis sociable, mais vivement.

En attendant, je songe.
Pendant mon adolescence rebelle, je fantasmais pas mal rapport à l'invasion de zombies, à l'apparition d'un monstre mutant gigantesque, à la propagation d'une maladie incurable et foudroyante, bref, à tout ce qui aurait été susceptible de faire en sorte que la quasi totalité de la population mondiale disparaisse à l'exception de moi.
Bon, d'accord, pas tout à fait.
C'est que j'étais une grande romantique à l'époque.
En fait, absolument tout le monde disparaissait dans d'atroces souffrances, exception faite de moi... et Machin.
Machin ayant pris différents prénoms et eu différents visages au cours de ma misérable vie.
Vous savez ce que c'est, un truc de gonzesse, c'est tout, genre un petit scénario sympathique qu'on se joue dans la cervelle le soir, avant de s'endormir, parce que besoin d'injection niaise parfumée optimisme relents espoir. Oui, des conneries, exactement.
Enfin on notera quand même l'association bizarroïde dans mon jeune mais déjà tordu esprit : bluette / destruction de l'humanité.
C'était déjà mal barré.
Heureusement que j'ai grandi, maintenant je suis plus comme ça, maintenant c'est plus les zombies, c'est les prises d'otage.
Ca-va-je-déconne.
Enfin.
Peu importe.
Le problème, c'est que je suis très pragmatique, moi, comme personne.
Pragmatique et elle imagine sans problème des zombies qui...
Oui, oh ça va, hein, j'ai pas dit que j'étais pas contradictoire.
Je t'assure, je suis pragmatique.
La preuve : cette nuit où j'avais décidé que pour m'endormir, j'allais rencontrer David Bowie dans le métro.
Je visualisais relativement bien la chose, tout allait pour le mieux, quand un détail m'a frappée : David Bowie dans le métro = émeute. Donc il lui fallait un déguisement, ce qui m'a fait me passer et me repasser la scène dans la tête jusqu'à ce que je trouve le déguisement adéquat pour qu'absolument personne sauf moi ne le reconnaisse.
Au final, c'était plus du tout Bowie et moi, du coup, j'ai mal dormi, mais voyez, j'ai le souci du détail.
Et du coup les zombies me posent problème maintenant.
Les films de zombies, c'est toujours pareil, soit c'est des vieux films alors on pardonne, soit c'est dans la campagne anglaise avec des baraques que t'as juste à souffler fort sur la porte d'entrée pour la faire s'écrouler.
Mais en juxtaposant tout ça dans notre quand et dans notre où, c'est à dire, aujourd'hui, le 8 avril 2009, voilà, aujourd'hui, maintenant, alors que vous êtes confortablement installé dans votre siège de bureau et que vous êtes soit dans votre appartement soit sur votre lieu de travail, aujourd'hui, ici et maintenant, des zombies envahissent la ville.
Certes, faudrait compter sur l'effet de panique.
Persuadée qu'il y a des gens qui feraient mine de rien, le genre de gens qui entendent "dans 300 mètres tournez à gauche" à l'intérieur du GPS, qui voient bien la falaise à 300 mètres sur leur gauche, mais qui tournent quand même. Ce genre de gens.
Il y a aussi des gens qui, probablement, iraient tripoter le zombie en lui disant que son maquillage est super réaliste, ainsi que celui du mec à qui il vient d'arracher la tête du tronc.
Et ceux qui se mettraient à courir n'importe où et n'importe comment en poussant des grands cris d'horreur - essentiellement des filles en escarpins si vous voulez mon avis.
Mais les autres.
Vous et moi.
Barricadons nous dans notre appartement et réfléchissons.
Parenthèse : L'hypothèse du bureau m'ennuie, je n'ai pas envie d'être bloquée avec mes collègues, alors vous êtes gentils, vous faites comme si vous étiez chez vous, vous aussi. Parenthèse fermée.
Admettons que les zombies arrivent jusque dans ma banlieue en courant, ou en se dandinant mollement, les bras en avant, en maugréant "Cerveeeeaaaauuuuu".
Là, premier obstacle pour eux : les wesh de ma banlieue.
Très sincèrement, dans une mémorable rixe wesh vs zombies, je ne suis pas certaine que l'avantage soit pour les derniers.
(En tous cas, le cas échéant, je ne manquerai pas de filmer histoire de faire un buzz quelques années plus tard, ahem...)
J'imagine la scène...
_ " Cerveeeeaaaaauuuuu.....
_ " Wesh comment tu m'as parlé là, tu t'es cru où ?
_ " Beeeeuuuuaaaaarrrrgggghhhh
_ " Zyva tu t'fous d'ma gueule genre j'parle pas bien l'français ?
_ " Cerveeeeaaaaauuuuuuu....
_ " Zyva tu dis qu'j'ai pas d'cerveau ?
_ " Beeeeuuuaaaarrrggghhhhh
_ " J'vais t'défoncer ta race, sa mère !"
Moi je suis pas sûre que le zombie y gagne. Du tout.
Mais admettons.
Toutes les bandes de mon quartier ont donc été zombifiées et, de morsure en morsures, il n'y a donc plus que des créatures... et moi.
Il va sans dire que je NE SORS PAS de mon appartement.
A la limite, je tente une intrusion chez la voisine voir si elle n'a pas quelques paquets de clopes que je pourrais lui voler, histoire d'être sûre d'avoir des vivres.
Mais je suis quelqu'un de prévoyant en plus d'être pragmatique, j'achète toujours mes cigarettes par cartouches.
Et mes canettes de coca light par 2 packs.
La bouffe, c'est pas bien grave, de toute façon, y faut que j'arrête.
A partir de là, penchée à ma fenêtre, je peux très bien regarder le zombie en ricanant et même lui montrer mon cul.
Parce que j'habite au dernier étage, moi, figurez vous.
Ce qui sous entend que le zombie va préalablement devoir se munir d'un pass magnétique pour franchir la porte d'entrée.
Admettons.
Déjà faut le temps qu'il en identifie un parmi les décombres et qu'il apprenne à s'en servir sans qu'on lui montre, mais admettons.
Ensuite, le zombie doit deviner mon nom de famille, trouver la boîte aux lettres où il est écrit, et en déduire mon numéro d'appartement.
Je ne pense pas que les zombies sachent lire, et je pense encore moins qu'il soient devins.
On m'objectera qu'ils ont pu identifier ma fenêtre et en aboutir à l'emplacement de l'appartement.
Oui mais non.
Parce que ma fenêtre donne sur la cour, et qu'on entre dans l'immeuble côté route.
Alors les zombies experts en vue spatiale retournement 3D, on me la fait pas à moi.
J'aime autant les imaginer médiums.
Bon, bref admettons.
Le zombie se retrouve ensuite face à l'ascenseur qui, irrémédiablement, ne fonctionne pas.
En fonction du numéro de mon appartement, le zombie doit donc deviner l'étage où j'habite et trouver la bonne porte dans le couloir. Certes c'est plus facile s'il est médium, mais faut quand même savoir que c'est un peu un labyrinthe chez moi, et bien malin celui qui trouve l'entrée du premier coup.
Autant dire que le temps que le zombie frappe à ma porte, il s'est déjà écoulé plusieurs dizaines de jours au cours desquels j'ai eu le temps de fumer, de boire, de commencer un manuscrit, peut être même de le finir, et, surtout, de télécharger et de visionner absolument tous les films de zombies où j'ai donc trouvé tout plein de méthodes pour en venir à bout une fois que je les aurai en face de moi.
Dont acte.
Voyez, les prises d'otage c'est quand même foutrement plus réaliste.
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