23 août 2008
Bulles de savon
Pour une absurde raison, alors que j'étais encore enveloppée dans la torpeur du sommeil, mon esprit, qui émergeait peu à peu, a focalisé sur les séries télé. Peut être que cela vient simplement de l'accumulation de "Tu devrais voir Dexter !", "Tu devrais voir Dr House !", ou d'autres "Quoi ? Tu n'as jamais vu OZ ??!!" qui commence légèrement à me taper sur le système. J'ai donc entrepris mentalement de dresser une genèse des séries télé telles que moi je les ai connues depuis mon plus jeune âge.
J'ai donc remarqué qu'avant les années 2000, il était plutôt simple de classifier les séries télévisées, tout simplement en fonction de la cible à laquelle elles s'adressaient :
Les séries pour les vieux :

Derrick, Le Renard, ou autres séries généralement allemandes passant souvent après le JT de 13 heures sur ce qu'on appelait à l'époque Antenne 2. Ayant été élevée par mes grands parents, je pense pouvoir affirmer sans exagérer que j'ai bouffé mon lot de séries pour les vieux encore davantage que celles qui étaient ciblées pour moi. Vague intrigue soporifique, héros tout sauf charismatiques, à croire que pour les vieux, on mise sur le réalisme, on dénonce une vague couleur grise dans ce monde qui se déglingue (n'allons pas jusqu'à parler de noirceur, parce que comparé à l'article ci-dessous, les épisodes les plus choquants de Derrick passent pour une rediff de Cendrillon). Du pur divertissement, suffisamment inabouti pour que les vieux eux mêmes ne se sentent pas vraiment impliqués (j'ai de vagues souvenirs de ma grand mère étendue sur son "relax" à ronfler allègrement tandis que mon grand père faisait une sieste plus silencieuse de son côté pendant la première moitié de l'épisode). A se demander si les séries pour les vieux ne ciblaient pas en fait les petits enfants dont ils avaient la charge, pour les préparer à ce qui allait suivre...
Les séries pour les ados :

Beverly Hills 90210 fut l'une des premières séries à révolutionner les séries pour ados. Apparue en 1993 sur TF1, alors que j'avais... Argh seulement 8 ans, elle fut suivie de près par Hartley Coeurs à Vif, qui apparut 2 ans plus tard sur France 2, avec une intrigue sensiblement similaire : une bande de jeunes pleins d'illusions, de dynamisme et de joie de vivre au sein de laquelle naît peu à peu des rapprochements sensuels, puis sexuels, puis des coups bas, puis des inimitiés, de plus en plus à mesure que les comédiens d'origine s'en vont et sont remplacés par de nouveaux, qui donnent généralement des idées plus tordues que jamais aux scénaristes. La dernière fois que je suis tombée sur une rediff de BH, on était en plein coeur d'un traffic de drogue, d'un enlèvement, et possiblement d'un viol sous GHB. Hallucinée, j'ai vite éteint la télé, me demandant ce qui était arrivé à cette bande de jeunes à l'origine bien proprette. La différence majeure entre BH et Hartley était d'ailleurs le niveau de vie ; très aisé pour les premiers, beaucoup moins pour les seconds.
Deux ans avant BH, apparaissait en France Premiers Baisers, série dont le titre parle pour lui même, puis, sans doute sous l'influence des productions américaines et australiennes plus alléchantes, suivit son spin off, Hélène et les Garçons, et tout un dérivé de conneries du même acabit qui me mettaient en joie en rentrant de la petite école : Le Miel et les Abeilles, Les Filles d'à côté.
Evidemment, tout ça c'était du pipi de chat comparé à ce qui allait rendre accro une tribu de jeunes collégiens dans la fin de la première moitié des 90's : Friends. Des personnages un peu plus vieux, d'apparence un peu moins niais et surtout beaucoup plus drôles, qui ont enchanté pendant près de 10 ans une génération d'ados grandissants et se retrouvant eux aussi confrontés à la vie en collocation et ses possibles joyeusetés. Assez parlé des ados, cible première du marketing télévisuel, cela n'est plus à prouver, et concentrons nous sur deux autres vieilleries, différamment positionnées.
Les séries familiales :

Hé oui c'est bien Notre Belle Famille, suivie par de multiples consoeurs et dérivable à souhait, avec Une Nounou d'Enfer, et d'autres tranches télévisées que l'on savourait sur M6, en même temps que le repas du soir si nous avions des parents compatissants ou aussi félés que nous l'étions nous mêmes. Les séries familiales s'adressaient à tout le monde, essentiellement la ménagère et ses gosses.
Les séries pour la ménagère :

Qui ne se souvient pas d'Eden Capwell et Cruz Castillo ?? Même moi j'en ai de vagues réminescences et le générique flotte encore jusqu'à mes oreilles, avec une sonorité quelque peu délavée avec le temps. Santa Barbara, mais aussi Dallas évidemment, puis Amour Gloire et Beauté, et toute une déclinaison de merdasseries entre tragique, comique-parce-que-ridicule, amour, trahisons, amitié, beauté, et ben aussi gloire hein, au moins on ne nous mentait pas avec les titres !
Les séries, qui ont rapidement lassé leur public, à l'exception d'une tranche quand même non négligeable de fanatiques, se sont ensuite quelque peu renouvelées sous forme de divertissements sympathiques, que l'on pouvait regarder à la va vite pendant l'heure de midi, ou tard le soir en cas d'insomnies. Merci donc à Malcolm in the Middle, ou encore à Scrubs, plus récemment, pour ces quelques bons moments.
C'est le début des années 2000 qui a véritablement marqué la montée en puissance de la série télé, avec des divertissements suscitant de plus en plus d'enthousiasme, comme Sex and the City, apparue fin 2000 sur M6, qui lança la voie d'une nouvelle vague :
La-série-divertissante-que-c'est-pas-grave-si-on-en-loupe-un-épisode-mais-quand-même-ça-fait-chier.
Ben oui quand même. Entre boire un verre avec des amis et regarder l'épisode de l'une de ces séries, le choix se faisait de plus en plus difficile. Surtout avec l'apparition, en 2005 de...

Nip/Tuck a sû, dès sa première saison, trouver un pertinent équilibre entre la série à suspense et le divertissement. Liés d'affection aux personnages, les spectateurs ne voulaient pas perdre une miette de leurs péripéties. Combien de fois ai-je moi même prétexté quelque mal de dos pour éviter une ou deux pendaisons de crémaillère à cause que Nip Tuck sur M6 ? (Hé oui à l'époque la coutume du téléchargement n'était pas ce qu'elle était). Malheureusement, Nip/Tuck a perdu de son panache sur la fin, en se positionnant toujours à mi chemin entre les intrigues intra personnages et le suspense insufflé aux saisons par un ennemi extérieur. La concurrence fut rude, et essentiellement basée sur de l'intrigue biscornue et un suspense haletant, si bien que nos deux chirurgiens perdirent, à la longue, un peu de leur panache.
Les séries hype :

Apparue sur nos écrans à peine plus tard que Nip/Tuck, Lost ouvrit la voie aux séries à sensations. Une multitude de personnages, choisie de manière si éclectique que le marketing n'en était même plus implicite, auxquels il était paradoxalement impossible de vraiment s'attacher compte tenu de l'ampleur de l'intrigue extérieure. Intrigue extérieure, dont, à la fin de la saison 4, nous ignorons d'ailleurs toujours tout. En ce sens, on peut compare Lost à son ancêtre de longue date, X-Files, qui s'est imposée comme la pièce maîtresse des séries à sensations dans les années 90, surplombant ses pâles rivales bien qu'amusantes, comme Au delà du réel. J'en reviens donc à Lost, qui ouvrit les vannes d'où s'écoulèrent d'incessantes créations télévisuelles (Heroes, 24h Chrono, Prison Break, Oz, Dr House, Dexter, etc, etc), qui suscitèrent chez moi une question existentielle : Existe-t-il, quelque part, une poule pondeuse de séries et d'intrigues à la con qui s'essoufflent même avant la fin de la première saison ?
Remarquons que toutes ces nouvelles séries ne sont pas si différentes que ça des anciennes ; Desperate Housewives, mix parfois mal géré entre Sex and the City et Twin Peaks (pièce maîtresse sur laquelle je reviendrai dans quelques lignes), un univers médicalo-carcéral décidément très à la mode, sans doute du à des séquelles post Urgences et la pléthore de séries policières qui a toujours envahi notre petit écran (Oz, Prison Break, Dexter, Dr House), un univers pseudo fantastique tout droit inspiré d'X Files pour Lost, et une variante sur le thème des super héros avec Heroes. Autrement dit... Rien ne se crée, mais tout se recycle !
J'en arrive à boucler la boucle en mentionnant brièvement Twin Peaks, série à laquelle j'ai déjà consacré un article plus fouillé si vous avez la patience d'aller jeter un oeil plus bas.

Diffusée sur La Cinq en 1991, Twin Peaks avait déjà tout d'une grande, et même d'une magistrale, en conservant cela d'unique qu'elle ne s'est jamais cantonnée à un simple genre. Au milieu d'intrigues en tiroirs, Twin Peaks était faite d'humour, d'absurde, d'horreur, et de paranormal. On ne s'identifiait pas aux personnages, on se plongeait dans leur univers en s'y abandonnant avec délice ; et on acceptait l'innexplicable sans rechigner et sans vouloir coller sur les personnages les étiquettes manichéennes du bon et du méchant. Ce sont probablement les raisons pour lesquelles Twin Peaks restera LA meilleure série télé de tous les temps, ayant donné naissance à beaucoup de pâles copies, mais jamais égalée d'un point de vue qualitatif... Ma foi tout le monde ne s'appelle pas David Lynch.
La simplification à outrance de personnages caricaturaux et la dichotomie entre le bien et le mal, toujours très marquée, est probablement l'origine de l'essoufflement de toutes les séries qui se réclament sensationnelles actuellement... Twin Peaks, en révélant l'absurde et l'impossibilité de tout comprendre et de tout maîtriser, en apparaissant presque Pascalienne maintenant que j'y pense, a brisé ces barrières que l'on veut actuellement reconstruire. Pour conclure de manière très réductrice mais pourtant tellement vraie... C'était mieux avant !
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