14 juillet 2009
Ambiguité
J'ai des corrections de texte qui attendent d'être rentrées dans mon ordinateur, des traductions abandonnées et un coup de balais qui désespère d'être passé. Toutes les conditions sont donc réunies pour évoquer le grand sujet sexo de l'été : la bisexualité.
Si tu es à la mode, bien dans ta tête et bien dans ton corps, cher lecteur, tu t'affiches probablement toi même comme un bisexuel fier de l'être, bien ancré dans le mouvement hype de libération et d'accomplissement de soi qui n'en finira, semble-t-il, jamais. Je me souviens d'un temps pas si lointain où la sodomie était un tabou, et je me marre en tirant sur ma cigarette. C'est même plus vraiment in, d'être bi, ou gay, dans le sens où ça ne choque plus personne, exception faite de mes grands parents qui coulent de longues journées paisibles en Franche Comté. Il y a quelques années de cela, cette tendance était hype, parce qu'elle était mise sur le devant de la scène, tant dans les films que dans les livres ; maintenant le battage médiatique a été tel que, bah, on s'en fout, c'est plus tellement surprenant. C'est bien plus choquant d'être hétéro, ou, plus exactement, de n'avoir jamais eu une expérience sexuelle avec quelqu'un du même sexe. Pas vraiment choquant, mais au moins étonnant. Je sais que moi, j'entends souvent des "ah tiens, t'as jamais... J'aurais cru que..." ; à comprendre par là que, non, je n'ai jamais eu d'expérience sexuelle avec une fille, et pas tant par principe que par désintérêt total pour la question. Encore que, pas tant que ça, puisque c'est précisément là dessus que je m'interroge.
Concernant les bisexuels, j'ai deux raisonnements complètement contradictoires. Les personnes que j'ai rencontrées et qui se proclament comme telles n'ont pas grand chose à voir les unes avec les autres. Il y a une poignée de convaincus, quelques unes qui ont dû coucher une ou deux fois avec une fille probablement dans le but d'améliorer leur score au test de pureté, et quelques uns qui se tapent une nana tous les 36 du mois sûrement pour se prouver que non, même pas vrai, ils sont pas pédés. Les convaincus me poussent à m'interroger, et alors, je me parle à moi même en m'appelant Janet, et je me dis que ces gens ont mis en pratique la philosophie du "don't dream it, be it", et qu'ils sont probablement extrêmement avancés intellectuellement. En considérant les choses objectivement ; les relations sexuelles, au final, c'est une grande part de conditionnement social et surtout physiologique dans le but de perpétuer l'espèce. A partir du moment où on décide de laisser la notion de reproduction de côté ; il n'y a aucune obligation à se cantonner aux garçons si vous êtes une fille ou aux filles si vous êtes un garçon. Le but étant, après tout, de se faire plaisir, pourquoi se restreindre ? Et puis, au delà de ça, aimer quelqu'un, ça suppose aimer une personnalité avant une enveloppe physique, alors pourquoi est-ce que toute une catégorie de personnes devrait être moins aimable que l'autre ? Au final, on est probablement des enfoirés discriminatoires, nous les hétéros. Ne vous gaussez pas, les gays, ça marche pour vous aussi.
Oui, mais.
Au collège/lycée, ça m'arrive encore parfois maintenant, je me souviens avoir passé plus d'une soirée à me dire que j'étais très probablement lesbienne. C'est de moins en moins le cas, et je pense que c'est parce que je prends conscience du fait que le physique, on s'en fout un peu, mais en marchant dans les rues, j'ai davantage tendance à regarder les filles que les garçons. D'une certaine manière, j'ai ressenti pour certaines filles des émotions bien plus viscérales que pour des types, mais ça n'avait rien de physique dans le sens où m'imaginer les tripoter ne m'a jamais fait grand chose. C'était surtout vers 13, 14 ans, et c'était un mélange d'admiration et surtout d'envie, d'envie parce que ces filles là, j'aurais voulu être elles, elles plutôt que moi, parce qu'elles me semblaient être tout ce que j'aurais voulu être et avoir tout ce que j'aurais voulu avoir. Je devais prendre un plaisir assez malsain à penser à elle, à les visualiser pleines de grâce et de charisme dans des situations de la vie quotidienne où moi j'ai inévitablement l'air d'une tarte et à entretenir, quelque part, la flamme dévorante de la jalousie. Je n'en suis plus là. Mais foutez moi sur une plage, et je vous parie que je vais faire le tour d'horizon de toutes les bonnasses en bikini tout en susurrant "salope" entre mes dents avant même d'avoir remarqué un seul mec. Peut-être que c'est quelque chose de typiquement féminin, peut-être que ça n'est pas bien normal. Je sais seulement que ce genre de choses m'arrivait fréquemment à l'adolescence et que, maintenant, je suis plus du genre à me dire "oh, tiens, une bonnasse" et à bifurquer assez rapidement sur autre chose. C'est ce qui me fait dire que ce n'est pas tant révélateur de mon rapport à la sexualité que de mon rapport à moi même : si j'étais un peu plus sûre de moi, je m'en foutrais probablement complètement. A côté de ça, le fait est que les petites filles jouent avec des poupées barbie et les petits garçons avec des voitures (je caricature un peu, j'ai dû jouer deux mois avec des barbie avant de leur couper les cheveux et de leur scarifier la gueule, au grand damn de maman) - je pense que l'identification est quelque chose de relativement courant dans l'esprit féminin, l'idée de compétition aussi. Les mecs y échappent davantage, c'est probablement mieux. J'essaie de revenir au sujet post digression : en dépit du fait que je trouve souvent plus joli esthétiquement la photo d'une fille en sous vêtements plutôt que celle d'un mec, qui a presque invariablement l'air con, je n'ai jamais ressenti d'attirance sexuelle vis à vis d'une fille. Et puis quand j'essaie d'imaginer pour voir, ça me dégoûte plutôt qu'autre chose, à vrai dire.
J'passe à l'étape "l'amour n'a pas de sexe". Et là, forcément, je me demande si je peux sincèrement dire que j'ai déjà aimé quelqu'un. En toute franchise, je ne crois pas. Les toquades sauce pré-pubère avec un aspect vaguement fantasmatique, oui, plein. J'idolâtre, moi, je n'aime pas. Et une fois que je suis confrontée à la réalité, je n'idolâtre même plus. Raison pour laquelle ça ne peut marcher qu'avec Robin Finck. Plus sérieusement, je pense que la personne que j'ai le plus aimée était... une fille. Elle a été ma meilleure amie pendant des années, mais c'était bien plus que de l'amitié. Disons que si aimer quelqu'un revient à répondre par l'affirmative à la question "Pensez-vous que vous pourriez vieillir aux côtés de cette personne ?", alors oui, elle, je l'ai aimée, et même encore plus. Huit ans d'amitié fusionnelle, on a dormi probablement plus d'un million de nuits ensemble dans un lit une place et, pour autant, il ne s'est jamais rien passé de sexuel. Ni elle ni moi n'en ressentions l'envie, et j'irais même jusqu'à dire que ramener la relation que nous avions à un niveau primitif aurait été une erreur fatale. Ca m'amène à un nouveau constat, qui tient plus de ma conception viciée de la réalité que d'une vérité générale : l'amour est au delà du sexe. Je ne couche pas avec les gens que j'aime, les gens pour qui j'ai de l'affection, les gens à qui je tiens. J'ai dû me faire tringler par trop de cons, je sais pas trop, le fait est qu'il suffit de se pointer trois minutes dans un bar pour lever un type, et qu'il faut souvent des années pour installer une relation de confiance et de complicité entre deux personnes. Et la confiance, c'est quelque chose de fragile, vous voyez. Que je place forcément au dessus d'une partie de baise. Les personnes avec qui je couche, moins je les connais, mieux je me porte, d'ailleurs si j'avais pu mettre des points d'interrogation à la place de tous les prénoms, j'aurais été bien contente. Je suis tellement pas du genre à me réserver pour le Grand Amour que, du coup, je sombre dans l'excès inverse et les personnes qui ont eu mon cul, ça m'embêterait vraiment beaucoup qu'elles aient mon esprit. Réciproquement, j'ai tellement d'estime pour les gens avec qui je partage des vraies choses que ça m'embêterait vraiment beaucoup d'en revenir à des considérations basiques. Je ne demande pas à qui que ce soit de comprendre, moi j'arrive à m'y résoudre, de toute façon, je suis en pleine transformation Morrisseysque et je tiens le coup.
Au final, à force de m'éloigner du sujet, je finis quand même par en arriver à une conclusion qui ne s'applique qu'à mon cas particulier. Je n'arrive toujours pas à trancher en ce qui concerne la bisexualité et à décider si c'est de la pure connerie qui aide surtout à se cantonner au registre de l'homosexualité ou si c'est quelque chose de plutôt sensé. Je crois, en revanche, que je suis quelqu'un de fondamentalement incompatible avec ce genre de notion. On en reparlera sûrement d'ici quelques années, quand je vous dirai que les hétéros sont des cons de conservateurs ; je suis jamais à une contradiction près.
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